France : Pouvoir d’achat de la pension de retraite : la grande érosion ?

La question de l'évolution du pouvoir d'achat des retraités est au coeur de l'actualité ces dernières semaines.

L’annonce fin août du gouvernement d’augmenter les pensions de retraite de base (CNAV) de +0,3% au 1er janvier 2019 et de +0,3% au 1er janvier 2020, dans un contexte où l’inflation est remontée à près de 2%, a fait ressurgir la question de l’évolution du pouvoir d’achat des retraités.

La pension de base était jusqu’à présent indexée sur « l’évolution en moyenne annuelle de l’indice des prix à la consommation (hors tabac) ». Les gouvernements précédents l’avaient déjà gelée en 2014 ainsi qu’en 2016 et avait réduit la hausse à seulement +0,1% en 2015, mais cette stagnation de la pension était aussi associée à un contexte d’inflation nulle. Dans les faits, la pension de base n’a donc pas perdu en pouvoir d’achat depuis 2008 car son évolution a été similaire à celle de l’indice du coût de la vie.

La banque de France prévoit une hausse des prix de 2% en 2018 et 1,5% en 2019. Cela signifie que la perte de pouvoir d’achat de la pension brute sur deux années sera de (2% – 0,3%) + (1,5% – 0,3%) = 2,9%. Si on ajoute la hausse de la CSG, la perte totale de pouvoir d’achat début 2020 sera de 4,6%.

La pension de retraite complémentaire (AGIRC et ARRCO) n’a pas connu la même évolution. Les partenaires sociaux ont décidé de sous-indexer dès 2011 puis de geler depuis 2014 la valeur du point retraite. De janvier 2009 à janvier 2018, il en ressort une baisse de 3,4% du pouvoir d’achat de la pension complémentaire brute.

Selon toute vraisemblance, la pension complémentaire augmentera de l’inflation diminuée de 1 point en novembre 2018 et 2019. La baisse du pouvoir d’achat cumulée sur deux ans sera donc de 2%, ce qui portera la baisse du pouvoir d’achat à 5,4% depuis début 2008. Si on ajoute la hausse de la CSG, le pouvoir d’achat de la pension complémentaire nette aura alors baissé d’environ 7,1% entre début 2008 et début 2020 (graphique 2). Cette sous-indexation de la valeur du point a aussi un impact permanent sur les pensions futures car elles se liquideront sur une valeur dont le pouvoir d’achat aura été affaibli.

En revanche, l’Allocation de Solidarité aux Personnes Agées (ASPA ou ex minimum vieillesse) n’a pas connu de perte en pouvoir d’achat.

Bien au contraire, de 2007 à 2012, elle a été un socle de la politique sociale sous le gouvernement Fillon pour défendre un meilleur niveau de vie pour les personnes âgées les plus pauvres, c‘est-à-dire celles qui n’ont pas pu accumuler des droits suffisants à la retraite. Depuis 2018, cette allocation connaît, de nouveau, une très forte accélération sous le gouvernement Philippe : hausse de +3,8% au 1er avril 2018 et annonce de hausse de +4,2% au 1er janvier 2019 puis +4% au 1er janvier 2020. De début 2008 à début 2020, le pouvoir d’achat de l’ASPA aura augmenté de 30%.

Dans une logique de justice sociale intragénérationnelle, la sous-indexation des pensions de retraite contributives participe indirectement au financement du minimum de retraite pour les plus pauvres.

Dans la perspective de la réforme des retraites, il serait utile que le nouveau système adopte des règles d’indexation des pensions clairement définies et compatibles avec l’équilibre financier plutôt qu’un mode d’ajustement surprise sous la forme d’une sous-indexation et de hausse de la fiscalité sociale.

Source : Vincent Touzé, bfmbusiness.bfmtv.com

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