France : Réforme des retraites : les hauts revenus devront trouver d’autres solutions pour financer leurs pensions

La création d’un système universel de retraite va entraîner la mise en place de règles communes. Parmi celles proposées, l’obligation de cotiser pour sa retraite jusqu’à une rémunération de 120.000 euros brut par an. Au-delà, il faudra se tourner vers l’épargne retraite.

Alors que les discussions sur la réforme des retraites entre les syndicats et le haut-commissaire, Jean-Paul Delevoye, reprennent ce lundi, les première pistes évoquées suscitent plusieurs interrogations. Parmi elles, la question des cotisations pour les hauts revenus, soit ceux qui perçoivent une rémunération mensuelle supérieure à 9.933 euros brut. Plus de 300.000 actifs sont concernés, principalement les cadres supérieurs et les professions libérales comme les avocats.

Pour comprendre l’impact que pourrait avoir ce changement, il faut revenir sur la situation actuelle. Aujourd’hui, les cadres peuvent cotiser pour leur retraite complémentaire (Agirc) jusqu’à huit plafonds annuels de la Sécurité sociale (Pass), soit près de 320.000 euros brut par an. A compter de la mise en place de la réforme, leur partie de revenus supérieure à 120.000 euros par an risque de ne plus faire l’objet de cotisations retraite obligatoires et, par conséquent, ne devrait plus ouvrir de droits à la retraite. Si ce scénario se concrétise, l’effet immédiat sera une hausse de la rémunération nette. “Si c’est une bonne nouvelle sur le moment, il ne faut pas oublier que cette augmentation aura pour conséquence une baisse de la pension retraite à venir”, prévient Valérie Batigne, dirigeante de Sapiendo retraite, cabinet expert sur les questions de retraite.

Pour éviter de connaître une chute brutale de leurs revenus à la retraite, ces cadres devront sûrement se tourner vers l’épargne retraite individuelle ou d’entreprise. Une solution qui semble être privilégiée par le gouvernement. L’exécutif a en effet prévu plusieurs mesures incitatives à l’épargne retraite dans le cadre de la loi Pacte, qui vient d’être adoptée à l’Assemblée nationale. “Avec ce principe, les hauts cadres seront exclus du régime général des retraites, regrette Marie-Josée Kotlicki, dirigeante de l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT. La cotisation à la retraite complémentaire était, jusqu’à présent, la meilleure façon de se constituer une retraite. Désormais, leurs pensions dépendront des marchés financiers”, craint la syndicaliste. La CGT compte bien ramener cette question sur le devant de la table à l’occasion des prochaines rencontres avec Jean-Paul Delevoye et demander la suppression du plafond de cotisations pour que ces dernières soient prises sur l’intégralité de la rémunération.

Quid aussi de l’équilibre du système des retraites ? Cette diminution du plafond de cotisations va en effet faire diminuer les sommes récoltées par ce biais. Ce sera autant d’argent de moins pour financer les pensions de personnes qui, elles, auront cotisé sur leur revenu jusqu’à 320.000 euros bruts et s’attendront légitimement à percevoir des pensions à la hauteur des droits acquis. “D’ici à 2025, date prévisionnelle pour le basculement dans le nouveau régime de retraite, il faut compter pour près de 80 milliards de droits acquis, précise Serge Lavagna, secrétaire national de la CFE-CGC. Il faudra prendre ces sommes sur les futures cotisations car il n’est pas possible que ces droits ne soient pas versés”, prévient-il. Une question qui devra être tranchée lors des prochaines discussions sur la réforme.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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