France : Les retraites a minima du monde agricole

Ils touchent des pensions en dessous de la ligne de flottaison, bien qu'ils aient trimé plus que de raison, ce qui mérite explication.

« Rien ne peut justifier la faiblesse des montants des retraites agricoles. Les retraités agricoles perçoivent 1.000€ de moins par mois que les autres retraités. N'auraient-ils pas assez cotisé? Pendant les Trente Glorieuses, la compression systématique des prix agricoles pour " alléger le panier de la ménagère " limitait le revenu agricole et en conséquence le montant des cotisations. Il faut mettre fin au scandale des retraites agricoles. »
Pierre Blot
de l'Indre

L'ambition en 1945 était de créer pour tous les Français un régime de retraite unique et généralisé, celui-là même qu'Emmanuel Macron met aujourd'hui en chantier. Car à l'époque, cet objectif n'a pas pu être atteint, certains groupes professionnels ayant souhaité conserver leurs spécificités. C'est ainsi qu'à défaut d'observer cette règle de bon sens, salariés, indépendants, artisans-commerçants, agriculteurs, fonctionnaires eurent chacun droit à leur régime spécifique, créant des inégalités parfois criantes dont les agriculteurs restent encore aujourd'hui les victimes.
La retraite des anciens exploitants, base et complémentaire, est en moyenne inférieure à 900 € par mois. C'est une misère pour des professionnels qui ont oeuvré durant des décennies. Mais il faut se souvenir que le régime agricole de retraite ne remonte qu'à 1952 et que le niveau de contribution fut faible durant plusieurs décennies. En effet, jusqu'à 1991 les cotisations au régime de retraite agricole dépendaient du revenu cadastral. Ce n'est que depuis 1992, soit vingt-six ans, qu'elles dépendent du revenu professionnel réel, à l'image des salariés où elles sont calculées sur le salaire.
A ce facteur de pénalisation s'est ajouté le fait que ce n'est que tout récemment, en 2003, qu'a été instauré un régime de retraite complémentaire pour les anciens exploitants, avec un taux de cotisation peu élevé (3%). A titre de comparaison, c'est en 1947 et 1961 qu'ont été créés les régimes complémentaires des salariés (Agirc pour les cadres, Arrco pour l'ensemble des salariés) dont la généralisation à tous fit l'objet de la loi du 29 décembre 1972.

Occasions manquées

C'est d'ailleurs à cette même époque où une autre profession, les artisans et commerçants, afin d'améliorer les montants de leurs retraites, qui sont faibles au début des années 70, vont bénéficier de la loi Royer du 31 décembre 1971 qui aligne les règles de leurs régimes sur celles du régime général. La montée en charge de cet alignement sera progressive et constante. Que n'a-t-on fait la même chose pour les exploitants agricoles!
Il est des occasions manquées qui entretiennent des catégories d'individus dans des situations iniques. La réforme qui s'engage mettra-t-elle un terme à ces situations? La règle à cotisations égales mêmes droits à retraite, si elle est la garantie d'une égalité parfaite en matière de droits à retraite n'empêchera pas qu'il y aura toujours des petites et grosses pensions, selon le niveau de cotisations de chacun. Or, en agriculture, quand le revenu est faible, les cotisations le sont aussi.

Source : Yves Mary, centrepresse.fr

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