En Palestine, le projet de réforme des retraites ne passe pas

 

Le gouvernement palestinien souhaite réformer un système des retraites, jusque-là quasi inexistant.

Une décision controversée au sein de la société.

Ce lundi matin, la salle de réception du Croissant rouge de Ramallah a des airs de déjà-vu. Deux ans après la dernière vague de manifestations, la « campagne nationale de sécurité sociale » – vaste coalition de syndicats et organisations en tout genre – a repris le chemin des négociations. À l’ordre du jour, la rédaction de nouveaux amendements à la loi sur la réforme des retraites dans le privé, censée entrer en vigueur le 15 janvier.

Manque de transparence, cotisations trop élevées… « La loi est injuste sur plusieurs points. » Banquier dans le secteur privé, Zeid Khalil a d’abord milité au sein d’un groupe opposé à la loi avant de s’en retirer il y a peu, faute d’accord avec les autres membres. « La loi est injuste sur plusieurs points », fait-il valoir car sur les 360 000 employés du service privé, 126 000 sont en dessous du salaire minimum fixé à 1 450 shekels (338 €). Or, la nouvelle loi voudrait faire cotiser les salariés à hauteur de 7 %, contre 9 % pour les employeurs. « Les gens n’ont pas les moyens » résume, pragmatique, Zeid Khalil

Faute d’un fonds de retraite effectif, les employés bénéficient pour le moment de la « loi travail » qui assure une prise en charge plus ou moins conséquente en cas de départ, forcé ou voulu, d’une entreprise. Mais 18 ans après son vote, seuls à peine 50 % des employés du privé sont concernés par cette loi, ce qui oblige souvent les familles à s’occuper de leurs anciens.

Membre de cette campagne nationale, Firas Jaber souhaite voir la nouvelle loi s’appliquer, mais sous certaines conditions. Il défend notamment une meilleure prise en charge des femmes de martyrs. « Peu importe le temps que cela va prendre, on fera modifier la loi », explique-t-il, confiant. Car depuis 2016 et les dernières séries de manifestations, le gouvernement a ouvert le dialogue avec les syndicats, ce dont se félicite le ministre du travail, Mamoun Abu Shahla.

« Nous avons écouté tout le monde. Les articles concernés seront amendés », a-t-il argué, visiblement peu concerné par les manifestations qui secouent les rues de Ramallah et des autres grandes villes de Cisjordanie depuis plusieurs semaines. Plus qu’une discussion sur les retraites, les débats actuels témoignent d’un malaise plus profond.

Corruption

Dans les Territoires palestiniens, le désamour vis-à-vis de l’Autorité palestinienne est grand. Mahmoud Abbas et son gouvernement ont perdu la confiance de la population qui les accuse de corruption. « Les gens sont convaincus que cette loi sur la sécurité sociale a pour seul but de récupérer l’argent dû par Israël à l’Autorité palestinienne sur les retraites de ses travailleurs dans l’État hébreu », souligne Zeid Khalil.

Loin d’être une nouveauté, ce sujet sensible est sur la table depuis les accords de Paris en 1994. À l’époque, le principe d’un transfert de cet argent du système israélien vers un fonds palestinien est acté, mais depuis, sa mise en place se fait toujours attendre. Et Firas Jaber de résumer, « comment faire croire aux gens qu’ils peuvent défendre leurs droits les plus élémentaires, quand ils n’ont aucune confiance dans les personnes qui les dirigent ? »
Source : Salomé Parent, lacroix.com

 

Tag(s) : #Palestine

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