France : Réforme des retraites : les propositions des syndicats sur l’âge de départ

Pendant toute la semaine, le haut-commissaire à la réforme des retraites a rencontré les syndicats sur la question des conditions d’ouverture des droits à la retraite. Si pour le moment rien n’est décidé, des divergences de points de vue ont émergé.

Sera-t-il possible de trouver un consensus concernant l’âge de départ à la retraite ? Dans le document qui a servi de base aux rencontres avec les syndicats, le haut-commissariat, propose, parmi les pistes de réflexion, de mettre en place une surcote pour toutes les personnes travaillant après 62 ans. Décider de travailler après cet âge légal de départ permettrait d’augmenter le niveau de sa pension.

Sans surprise, une telle mesure trouve un écho favorable du côté du patronat. “Nous préférons valoriser plutôt que sanctionner”, glisse Alain Griset, président de l’U2P (Union des entreprises de proximité). Encore faut-il savoir quelle forme prendrait ce bonus encourageant les Français à travailler plus longtemps. Si le haut-commissariat suggère d’utiliser une coefficient majorant de 3 à 5 % par année supplémentaire, d’autres hypothèses ont été présentées par les organisations représentant les salariés et le patronat. “Nous pourrions opter pour une valorisation du point au-delà de 62 ans. Imaginons qu’un point vaut un euro avant 62 ans, il pourrait valoir 1,10 euro après cet âge”, envisage Pascale Coton de la CFTC. “Pour nous, le plus simple serait de récompenser les années supplémentaires de la même façon pour tout le monde. Nous ne sommes pas favorables à des coefficients multiplicateurs qui varieraient en fonction du nombre d’années de travail supplémentaire effectuées”, estime de son côté Eric Chevée de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises). Une autre possibilité évoquée par la CFDT, serait d’adapter ces coefficients majorants en fonction des niveaux de pension. “Ainsi une personne touchant une faible retraite pourrait voir une valorisation plus importante de ses points qu’une personne ayant une pension plus élevée”, considère son représentant, Frédéric Sève. Quelle que soit l’option choisie, les syndicats demandent la mise en place de garde-fous. “Nous devons garantir que d’une année sur l’autre la valeur du point ne baisse pas. Dans l’hypothèse où ce serait le cas, travailler plus longtemps risquerait de ne pas voir évoluer sa pension autant que prévu”, alerte Dominique Corona de l’Unsa.

L’âge, un faux débat ?

Pour plusieurs organisations, l’âge ne doit pas forcément être au coeur du débat. La CGT dénonce le “pur affichage” que représente le maintien d’un âge de départ légal à 62 ans. “Ce qui compte ce n’est pas l’âge auquel vous partez mais quel sera le niveau de votre pension par rapport à ce que vous avez gagné durant votre activité”, affirme Gilles Oberrieder, conseiller confédéral de la CGT. Il détaille : “si les assurés partent avec un taux de remplacement faible à hauteur de 50% à 62 ans, obligatoirement ils travailleront plus longtemps. Si ce taux avoisine les 75% à 62 ans, comme le souhaite la CGT, les départs dès 62 ans seront plus nombreux”. La CFDT, prône plutôt, de son côté, la prise en compte de la durée de cotisations dans la mise en place d’une surcote : “Il serait possible d’imaginer un coefficient majorant non pas à partir de 62 ans mais plutôt dès que vous avez cotisé plus de 42 ans”, propose Frédéric Sève.

Accent mis sur l’information

Si les avis divergent donc sur les dispositifs qui pourraient exister, plusieurs syndicats s’accordent à dire qu’il doivent être le plus compréhensifs possibles. “Il faut des marqueurs pour que les assurés connaissent leur taux de remplacement, c’est-à-dire la différence entre les revenus et le niveau de pension, en fonction de l’âge auquel ils partent à la retraite. Ils doivent connaître le gain précis s’ils partent plus tard”, préconise Eric Chevée. “L’important est que le départ à la retraite se fasse en toute connaissance de cause, c’est pour cela qu’il est important de faire un effort sur la transparence et l’information. Il y aura cinq ans entre le vote de la loi et son application pour se charger de cette question”, note de son côté Pascale Coton. Un avis partagé par des députés de la République en marche, nommés ambassadeurs de la retraite et chargés d’expliquer la réforme. “Il est important de réfléchir aux outils à mettre en place pour que chaque assuré est une information claire sur sa future retraite”, estime Corinne Vignon, élue de Haute-Garonne. “Nous pourrions nous appuyer sur des dispositifs existants en Allemagne et en Suède où les assurés reçoivent chaque année une information sur le nombre de points qu’ils ont cumulé. Une telle mesure permet, même aux plus jeunes, de se sensibiliser à la question et de connaître précisément l’impact de ses choix de vie sur son niveau de pension”, prévoit-elle.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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