France : Réforme des retraites : les médecins libéraux veulent avoir leur mot à dire

Un syndicat de médecins libéraux, l’UFML, vient de dévoiler un rapport sur l’avenir du système de retraite des médecins libéraux. Un document sur lequel il compte s’appuyer pour peser sur les discussions en cours dans le cadre de la création d’un régime universel de retraite.

Ce n’est pas la première fois que des voix de médecins libéraux s’élèvent pour critiquer la réforme des retraites actuellement en cours de discussion. Après les craintes de la caisse de retraite (CARMF) sur l’utilisation possible des réserves, c’est au tour d’un syndicat de médecins libéraux, l’UFML (Union française pour une médecine libre), d’alerter le gouvernement sur les risques que pourrait faire peser la réforme sur leur profession. Manque de lisibilité, crainte de la perte de certaines spécificités de leur régime de retraite ou encore peur d’une prise en main totale de l’Etat, son président, Jérôme Marty, revient pour Capital sur ses principales sources d’inquiétudes.

Vous êtes en désaccord avec la réforme des retraites qui est en train d’être menée ?

Nous sommes favorables à la mise en place d’un régime universel par points, ce que pratiquent déjà nos caisses de retraite, mais nous voulons conserver certaines de nos spécificités. Nous souhaitons que les cotisations au régime de base soient prises en compte jusqu’à un plafond de 50.000 euros brut par an et non plus de 120.000 euros comme le prévoit la réforme. Ce principe nous permettrait de maintenir nos dispositifs de caisse de retraite complémentaire et supplémentaire.

Pour quelles raisons est-ce si important de préserver votre complémentaire ?

Nos caisses fonctionnent sur un système de solidarité professionnelle dans lequel les médecins se doivent assistance entre eux. Nous ne souhaitons pas voir ce principe disparaître. Nous faisons des études de plus en plus longues, les médecins s’installent de plus en plus tard. Ils cotisent autour de 20 % soit moins que les salariés du privé. Si l’on met une cotisation unique à 28 %, comme l’a annoncé le haut-commissariat à la réforme des retraites, les médecins risquent d’avoir un effort contributif plus important sans forcément obtenir une meilleure pension. Ces changements pourraient créer un véritable sentiment de doute sur la pérennité économique de l’exercice de la médecine libérale. Cette situation pourrait même peser sur le système de soins dans son ensemble.

Pourquoi ?

Pour les médecins qui pratiquent des tarifs conventionnés, les deux tiers de la cotisation au régime des allocations supplémentaires de vieillesse (ASV) sont financés par les Caisses maladie. Cette prise en charge représente en moyenne entre 5.500 et 5.900 euros d’économie par an pour un médecin libéral. Si dans le cadre de la réforme des retraites cette prise en charge venait à être supprimée, le risque est de voir de plus en plus de médecins revenir à des tarifs libres. Nous voulons aussi que cette réforme appréhende réellement la question de la vieillesse.

C’est-à-dire ?

Nous savons qu’avec les progrès de la médecine, l’entrée dans la dépendance se fera de plus en plus tard. Les retraités vivront de plus en plus longtemps en bonne santé. Pour anticiper cette évolution, il est nécessaire d’inclure dans la réflexion sur la réforme des retraite des spécialistes comme des gériatres ou des gérontologues. Leur éclairage permettrait notamment de faire comprendre pourquoi il faudra sûrement travailler au-delà de 62 ans.

Que reprochez-vous au gouvernement ?

Nous trouvons qu’il y a une vraie opacité sur la concertation menée actuellement. Nous ne voulons pas d’un système totalement étatisé où nous n’aurions pas notre mot à dire. Pour nous, il n’y a pas d’urgence à mettre en place ce régime universel. Il est important de prendre le temps de consulter tous les acteurs. Nous avons prévu d’envoyer une lettre ouverte à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et de monter un groupe de travail avec les différents syndicats de libéraux et les caisses de retraite pour faire des propositions au haut-commissariat à la réforme. Le temps presse et nous voulons réagir vite.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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