France : Réforme des retraites : les petites pensions pourraient-elles être revalorisées comme en Allemagne ?

L’Allemagne débat actuellement sur la possibilité d’augmenter fortement les très faibles pensions. Un sujet qui a une résonance particulière en France, à l’heure d’entamer une profonde réforme des régimes de retraite.

La question traversera-t-elle le Rhin ? Le ministre allemand du Travail et des Affaires sociales, Hubertus Heil, a déclaré qu’il n’était pas normal que les petits salaires qui ont travaillé plus de 35 ans ne touchent ensuite que le minimum vieillesse. “Cela doit changer par respect pour toute une vie de travail”, a-t-il affirmé. Cette proposition de réforme, qui suscite pour le moment certaines réticences au sein même de la coalition gouvernementale, permettrait aux retraités qui ont une pension de 500 euros par mois de percevoir 447 euros supplémentaires. Pour illustrer son propos, le ministre a pris l’exemple d’une coiffeuse qui a travaillé à temps plein pendant 40 ans et qui perçoit une pension d’environ 514 euros. Avec cette mesure, sa pension grimperait à 961 euros. Près de quatre millions de personnes devraient être concernées, dont 75 % de femmes.

En France, la situation est différente. Un dispositif de rattrapage existe déjà. Il s’agit du minimum contributif. Le principe : les retraités qui ont rempli tous les critères pour percevoir une retraite à taux plein peuvent bénéficier d’un complément de revenu dès lors que le montant total de leurs pensions (de base et complémentaire) ne dépasse pas 1.177,44 euros par mois. La somme qui peut être versée en supplément peut atteindre jusqu’à 636,56 euros par mois pour ceux qui ont cotisé moins de 120 trimestres et 695,59 euros pour une cotisation d’une durée égale ou supérieure à 120 trimestres. L’addition des pensions et du minimum contributif ne devant pas être supérieure au plafond de 1.177,44 euros.

La réforme des retraites pourrait-elle remettre à plat un tel dispositif ? “Aujourd’hui, le taux de remplacement d’une personne payée au Smic est de 78%. Mais dans un système où un euro cotisé ouvre les mêmes droits, comme le prévoit la réforme, il ne sera pas possible de maintenir ce taux de remplacement”, alerte Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne et spécialiste des questions de retraite. Conséquence : les personnes qui ont perçu tout au long de leur vie un petit salaire, risquent, avec le régime universel, de se retrouver avec une pension plus basse. “Il faudra prévoir des allocations de solidarités pour éviter une trop forte baisse de ces pensions, prévient l’économiste. Sans la mise en place d’un minimum contributif, les salariés qui ont cotisé toute leur vie mais qui ont touché de petits revenus ou qui ont connu des aléas dans leur carrière professionnelle pourraient se retrouver à percevoir le minimum vieillesse”. Si rien n’est encore décidé, le haut-commissaire en charge de la réforme, Jean-Paul Delevoye, a évoqué, à plusieurs reprises, la possibilité de mettre en place un filet de sécurité avec un dispositif de pension minimum pour les Français ayant travaillé toute leur vie à temps partiel ou ayant perçu des revenus modestes tout au long de leur carrière.

De leur côté, les syndicats pourraient profiter de la réforme pour demander à revoir à la hausse le minimum contributif. Plusieurs organisations comme la CFDT, l’Unsa ou encore la CGT appellent à un minimum de pension égal à 100% du Smic net, soit 1.204 euros par mois. Un objectif qui s’éloigne chaque année du fait du mode de revalorisation du minimum contributif. “Le minimum contributif est revalorisé comme les pensions ce qui est plus faible que l’augmentation connue par le Smic. Résultat, l’écart entre les deux se creuse de plus en plus”, constate Claude Wagner de l’Union confédérale des retraités CFDT. Ainsi en 2019, le minimum contributif a été revalorisé de 0,3% et le Smic de 1,5%. “Il faut défendre la hausse des petites pensions avec ou sans la réforme”, affirme Dominique Corona de l’Unsa. Un sujet que les centrales devraient, à un moment ou un autre, aborder avec le haut-commissaire.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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