France : Retraites : regarder la réalité en face

En se prononçant en faveur d'un relèvement de l'âge de la retraite, la ministre des Solidarités reconnaît que les besoins de financement persistent.

L'atterrissage du grand débat a commencé, et il s'annonce mouvementé sur le front budgétaire. Le Premier ministre, Edouard Philippe avait semé des premiers cailloux en soulignant que toutes les mesures réclamées ne pourraient évidemment pas être retenues. L'absence criante de propositions d'économies - hormis des mesures symboliques et souvent démagogiques sur le train de vie des élus -, a aussi été pointée, notamment par le duo de Bercy (Le Maire, Darmanin).
Les comptes virent au rouge

Mais  la prise de parole d'Agnès Buzyn ce week-end a marqué un tournant. Incarnant l'aile sociale au sein de l'exécutif, la ministre des Solidarités et de la Santé était la mieux placée pour faire ce nécessaire rappel à l'ordre : on ne pourra pas financer de meilleures retraites ou une meilleure prise en charge de la dépendance sans créer plus de richesses, sans travailler collectivement davantage.

Le grand débat, et le mécontentement social qui l'a précédé, ont montré la sensibilité de la question du pouvoir d'achat des retraités. Le gouvernement a dû faire marche arrière sur la hausse de la CSG d'une grande partie des retraités.  Il s'apprête à faire de même sur la désindexation des pensions prévue en 2020 . La résultante est mathématique : l'assurance-vieillesse va rebasculer nettement dans le rouge - elle n'en est en fait jamais sortie si on intègre les comptes du Fonds de solidarité vieillesse (FSV).

L'erreur originelle de Macron

Le gouvernement a une part de responsabilité dans cette situation. En niant le besoin de financement des régimes de retraite dans le cadre de la préparation de la réforme pilotée par Jean-Paul Delevoye, il a commis une erreur qui se retourne aujourd'hui contre lui. Le débat avait eu lieu au tout début du quinquennat au sein de l'exécutif entre ceux qui jugeaient indispensable de relever l'âge légal de départ, avant de lancer la réforme créant un régime universel, et ceux qui l'excluaient en raison des engagements de campagne d'Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat avait alors tranché lui-même.

Sauf que les déficits persistant, le gouvernement a décidé de geler les pensions en 2019 et en 2020. Et à moyen terme, le système ne sera maintenu à flot qu'avec une baisse du taux de remplacement, faute de mesures d'âge.

La donne a changé

La CFDT demande aujourd'hui au gouvernement de réaffirmer que la durée d'activité ne sera pas une des variables de la réforme à venir. Elle a tort, car les données financières ont changé. Il est temps d'ouvrir les yeux sur les besoins de financement présents et à venir des régimes. La France consacrant déjà 14 % de son PIB aux retraites, soit deux points de plus que les pays comparables, il n'y a pas d'autre issue que de retarder d'une manière ou d'une autre l'âge de départ.
 

Source : Etienne Lefebvre, lesechos.fr

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