France : Age de départ à la retraite: le torchon brûle plus que jamais entre Bercy et la majorité

C’était pourtant le seul chantier où la concertation fonctionnait harmonieusement... Mais quatre ministres ont allumé un incendie dont les flammes ont  bien failli ruiner les efforts de Jean-Paul Delevoye en charge du dossier retraite.

Ce ne fut pas une crise de régime. Mais ce fut plus qu’une "crisette". Et elle laissera des traces car la majorité macroniste n’est pas passée loin d’une confrontation dévastatrice entre les parlementaires La République en Marche et le duo Matignon-Bercy qui, en imposant à la hussarde l’âge de la retraite dans le débat public, a failli ruiner les efforts réformateurs du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye en charge de ce dossier retraites.

Car cela fait un an et demi que ce dernier s’échine à tisser des liens de confiance avec les syndicats à partir de cet engagement présidentiel: "On ne touchera pas à ce tabou", l’âge de la retraite. Patatras... À cause "des cons de Matignon", dixit Delevoye, tout a vacillé et, désormais, le poison de la méfiance rôde du côté des partenaires sociaux. C’était pourtant sans doute le seul chantier où la concertation fonctionnait harmonieusement et la réforme dite "à points" semblait quasiment sur le point d’être servie dans l’harmonie généralisée... Mais le Premier ministre en personne est monté au front, puis Agnès Buzyn, puis Gérald Darmanin, puis Bruno Le Maire, trois ministres de premier rang. Tous à l’offensive, appelant à briser le totem! L’incendie donc menaçait.

Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale et ultra proche d’Emmanuel Macron, a le premier allumé les contre-feux dans le quotidien économique Les Échos, assurant Jean Paul Delevoye d’un soutien résolu pour son "travail de concertation de grande qualité". Ouvrage il est vrai exceptionnel dans le climat de tension actuel. Pour que ce soit on ne peut plus clair, l’ex-socialiste Ferrand ajoutait cette phrase où perçait l’exaspération: "laissons-le travailler, il s’attache à construire un pacte générationnel". Pas question donc d’abandonner le haut-commissaire à sa démission dont rôdait la rumeur que l’intéressé, exaspéré, ne démentait pas. Ferrand enfonçait encore un clou pour fermer le ban et le débat, en désignant les pyromanes: "agiter l’âge de la retraite, c’est porter atteinte au lien de confiance établi"!
Tribune de la majorité stoppée in extremis

Pendant ce temps, au sein du groupe LREM, Gilles Le Gendre, son président, s’évertuait lui aussi à éteindre les flammes qui menaçaient d’embraser le groupe. Il dissuadait les parlementaires de publier une tribune rédigée par Corinne Vignon, élue de Haute-Garonne et présidente du groupe de travail transpartisan sur la réforme des retraites, tribune soutenant Delevoye et désapprouvant "la technocratie" qui menaçait de rompre l’équilibre réformateur en passe d’être trouvé. Plus de 50 députés LREM l’avaient déjà signée et au total près de 200 s’apprêtaient à le faire, ce qui serait passé pour une fronde incendiaire.

Source : Nicolas Demenach, challenges.fr

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