France : Le Medef propose de relever progressivement l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans

Geoffroy Roux de Bézieux, son président, a présenté son plan de réforme pour arriver au système universel promis par Macron.

Il a mis le temps, Geoffroy Roux de Bézieux, pour présenter la réforme des retraites du Medef. Certes, celui qui se voit comme le porte-parole des entrepreneurs de France - et non le patron des patrons - avait lâché ces dernières semaines quelques indications sur son contenu. Mais il a attendu d’être à quelques jours de la fin de la concertation conduite depuis dix-huit mois par Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé de la réforme promise par le président de la République, pour abattre ses cartes.

Sans surprise, le Medef propose de relever en huit ans, à partir de 2020, l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Une hausse de deux ans de la borne minimale d’âge au rythme d’un trimestre par an, comme en 2010 sous Nicolas Sarkozy, lors du passage controversé de 60 à 62 ans, avant que l’ancien président n’accélère la cadence pour cause de crise financière. Ce nouveau relèvement de deux ans générerait, selon Geoffroy Roux de Bézieux, pas moins de «17 milliards d’euros de ressource nette par an à horizon huit ans», en tenant compte du surplus de cotisations encaissées, de pensions plus tardives mais plus élevées décaissées, ainsi que de la hausse prévisible des dépenses liées au chômage, à la maladie et à l’invalidité.

Pour le président du Medef, l’heure n’est plus aux tergiversations et le gouvernement ment «par omission» aux Français en jurant qu’il n’est pas nécessaire de toucher à l’âge légal. «On n’a pas le choix, a encore martelé Geoffroy Roux de Bézieux. Si on ne fait rien, le régime tombera dans le rouge dès l’année prochaine.» L’évolution des données d’ensemble et la situation spécifique de la France laissent, il est vrai, peu de place au doute quant à la nécessité de revoir les paramètres du système: alors que la France comptait deux cotisants pour un retraité au début des années 2000, ce ratio s’effondrera à 1,3 cotisant pour un retraité à horizon 2060 ; le niveau de dépenses actuellement consacré aux retraites s’élève à 14 % du PIB, soit 4 points de plus que l’Allemagne et 6 que dans les pays de l’OCDE ; et le temps passé à la retraite atteint 27,2 ans dans l’Hexagone, contre 22,8 ans outre-Rhin, 20,7 ans aux États-Unis ou 16,6 ans en Corée du Sud.
Lever les hypothèques

«Il faut rassurer les Français sur la pérennité du système, a encore insisté le président du Medef, inquiet par les 83 % des 18-34 ans persuadés qu’ils n’auront pas de retraite. Cette réforme doit être la dernière.» Pour éviter les psychodrames qui se produisent à chaque réforme (2003, 2008, 2010, 2014), celui qui est aussi patron de Notus Technologies propose une solution radicale: «indexer mécaniquement l’âge légal sur l’évolution de l’espérance de vie» à partir de 2028, une fois atteint la borne des 64 ans. Et pour lever les hypothèques qui pèsent toujours sur la réforme du gouvernement (notamment sur le rythme et les règles de convergence des régimes), il fait deux préconisations inédites.

Primo, que le régime universel promis par Emmanuel Macron soit à deux étages: avec un socle commun de solidarité (minimum vieillesse…) piloté par l’État et financé par l’impôt ; et un régime par répartition intégralement abondé par les cotisations des actifs. Secundo, de basculer tous les régimes dans un système par points avant d’organiser leur convergence effective (en termes d’âge, de droits familiaux…) et ce, «au même rythme entre le public et le privé».

Reste dans ce schéma idéal un point sensible de taille: garantir aux seniors qu’ils auront bien jusqu’à 64 ans leur place dans l’entreprise. Ce qui est loin d’être acquis: moins de 30 % des 60-64 ans sont aujourd’hui en emploi et une personne sur deux qui liquide sa retraite n’est plus en activité. Pour y remédier, le Medef liste une série de mesures (cumul emploi retraite, retraite progressive…) afin que les seniors restent plus longtemps en activité et les entreprises prévoient mieux leur maintien dans l’emploi. Un défi de taille pour le patronat qui devra, pour le relever, dépasser le traditionnel «il faut, y a qu’à» sur le sujet…

Source : Marc Landré, lefigaro.fr

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