Luxembourg : Retraites : «Des risques à long terme»

Le fameux mur des pensions refait régulièrement surface au Luxembourg. Alors que l’État ne compte pas adapter le système dans l’immédiat, d’autres cercles évoquent un état d’urgence.

«Le régime général d’assurance pension se retrouve actuellement dans une position financière confortable.» Cette conclusion est tirée du rapport 2018 du groupe de travail «Pensions». En tenant compte des chiffres bruts, avec des réserves pouvant assurer 4,37 fois le montant des prestations annuelles, ce constat n’étonne guère.

Ce bilan positif n’exclut cependant pas des «risques potentiels à long terme». Le coefficient favorable entre le nombre de cotisants et de pensionnés pourrait en effet s’effondrer. L’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) estime dans son scénario de base que 490000 personnes vont toucher une pension en 2060. Avec 805000 assurés actifs, le coefficient passerait à 61 pensions sur 100 cotisants (en 2015, le coefficient était de 41,8 pensions sur 100 assurés).

Les dépenses risquent de peser lourdement

Des chiffres actualisés tablent à l’horizon de 2060 sur 480000 pensionnés et 650000 assurés actifs. En 2070, l’IGSS mise sur 555000 pensionnés et 660000 assurés. Le coefficient passerait ainsi de 61 à 75 pensions sur 100 cotisants en 2060 et à 83 pensions sur 100 assurés en 2070.

Cette évolution a bien entendu un important coup. Les dépenses passeraient ainsi de 7,1% du PIB en 2015 à 13,8% en 2060 et à 15,5% en 2070. Dans ce scénario, le niveau de la réserve se situera dès 2035 en dessous de la limite légale de 1,5 fois le montant des dépenses annuelles. L’ensemble des réserves serait épuisé en 2043.

La réforme des pensions de 2012 prévoit toutefois des effets correcteurs qui, aux yeux de certains observateurs, ne sont de loin pas suffisants. Quoi qu’il en soit, le «développement favorable du marché de l’emploi» avec un «afflux continu de cotisants» doit rester garanti pour pérenniser le système luxembourgeois des pensions. La prolongation de la vie active et l’augmentation des recettes sont deux paramètres sur lesquels mise l’IGSS afin de garder le système à flot jusqu’en 2060.

Une hausse de la cotisation, fixée à 8% pour les assurés, les employeurs et l’État, pourrait intervenir dès 2022. D’autres ajustements sont possibles.

«Une grande erreur de ne pas agir»

Le gouvernement annonce «suivre de près» l’évolution de l’assurance pension. «La bonne situation financière actuelle (…) permet d’étudier et de développer des modèles de financement alternatifs (…) pour assurer la pérennité du système», indique l’accord de coalition.

Cette sérénité n’est pas partagée par tout le monde. Le CSV a bien tenté lors de la campagne électorale de 2018 de thématiser le fameux mur des pensions, mais il a fini par se brûler les ailes.

«La politique fait une grande erreur de ne pas agir maintenant», estime toutefois Robert Urbé, directeur de Caritas. «On s’est habitué à un système de pension qui repose sur l’effet boule de neige. C’est dans notre ADN. Un nombre plus important de pensionnés doit être compensé par davantage de cotisants. Si on y réfléchit deux secondes, il devient évident que l’on ne peut pas éternellement continuer ainsi.» Encore faut-il se réveiller à temps.

Recettes, dépenses et réserves

Pour l’année 2015, les recettes du régime général de pension se sont élevées à 4916 millions d’euros. Depuis 2006, les recettes en cotisations ont augmenté de plus de 1500 millions d’euros.

Aux recettes courantes s’ajoutent 539 millions d’euros de recettes sur la fortune, dont 509 millions d’euros générés par le Fonds de compensation des pensions.

Les dépenses se sont chiffrées à 3991 millions d’euros en 2015, soit 1500 millions d’euros de plus qu’en 2006. Les prestations représentent 95% de l’ensemble des dépenses. Les frais d’administration s’élèvent à 43 millions d’euros.

Un excédent de 926 millions d’euros a ainsi été enregistré en 2015. La réserve globale a pu être portée à 16,54 milliards d’euros au 31 décembre 2015. Trois ans plus tôt, elle affichait 12,64 milliards d’euros. Fin 2015, la réserve correspondait à 4,37 fois le montant des prestations annuelles. Le rapport était de 3,24 en 2006 et de 3,90 en 2012.

Source : Davis Marques, lequotidien.lu

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