France : Réforme des retraites : faut-il reculer l’âge de départ ou allonger la durée de cotisation ?

Le Medef milite pour un recul de l'âge légal de 62 à 64 ans d'ici 2028, afin d'assurer l'équilibre comptable de notre système de retraites. A contrario, le Haut-Commissaire Jean-Paul Delevoye ainsi que les partenaires sociaux, s’y opposent. Faut-il reculer l’âge de départ ou allonger la durée de cotisation ? Pour répondre, deux économistes ont confronté leurs points de vue dans le Débat Capital.

Le Haut-Commissaire Jean-Paul Delevoye, a confirmé que l’âge de départ à la retraite resterait fixé à 62 ans dans la réforme qu’il prépare pour 2025. Mais dans le détail, cet âge limite ne garantit pas une retraite complète. Pour cela, il faut patienter jusqu’à l’âge du taux plein et avoir cotisé un certain nombre de trimestres (172 pour ceux nés à partir de 1973). Et comme ce nombre ne cesse de croître, l’âge effectif de départ progresse avec lui : 62,5 ans en 2025, 63 ans en 2030 et 64 ans en 2040 selon le Conseil d’orientation des retraites. Faut-il dès lors reculer l’âge de départ à la retraite ou plutôt, allonger la durée de cotisation ? Pour nous répondre, le Débat Capital a reçu Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE, et Bruno Chrétien, président de l'Institut de la protection sociale (IPS).

Pour ce dernier, force est de constater que nous payons encore aujourd'hui les conséquences “d’un abaissement fort de l’âge de départ à la retraite en 1982, qui est passé de 65 à 60 ans voire à 56 ans en raison de nombreuses préretraites”. Pour y pallier, Bruno Chrétien rappelle que pour la droite comme pour la gauche, il a fallu modifier les règles de départ en retraite. A droite, rappelle-t-il, on a “plutôt tendance à repousser l’âge de départ comme le fit la réforme d’Eric Woreth en 2010, tandis qu’à gauche, on préfère augmenter le nombre de trimestres exigés pour le taux plein comme le prévoyait la réforme de Marisol Touraine en 2013”. Au final donc, si on souhaite partir plus tôt, “il faut accepter de toucher moins de retraite, juge l’expert, et ça, c’est un vrai choix politique qu’il ne m’appartient pas de faire !”.

De son côté, Henri Sterdyniak rappelle que le premier problème dans un régime par points, c’est qu’“il n’y a plus de notion de durée de cotisation”. Or cette durée est importante pour ceux qui ont commencé tôt leur carrière professionnelle, puisqu’elle leur permet de partir relativement tôt. Selon l’économiste de l’OFCE, cette réforme va maintenir “un âge minimal de retraite à 62 ans, avec un âge pivot à 65 ans si bien que ceux qui partiront plus tôt, auront une pénalité”. Au final, tout le monde sera donc incité à travailler jusqu’à 65 ans et ceux qui partiront à 62 ans auront “une retraite plus basse de 22,5% pour équilibrer les comptes” précise Henri Sterdyniak. Pour ce dernier, le risque avec cette réforme “c’est qu’elle pèse très lourdement sur les travailleurs obligés de partir tôt à la retraite”. Pour rappel, l’écart de durée de vie entre un cadre et un ouvrier est d’environ six ans. Cette réforme est donc “extrêmement injuste puisqu’elle va favoriser les cadres au détriment des bas salaires” estime l’économiste. D’autant que le taux de remplacement, actuellement beaucoup plus fort pour les bas salaires que pour les cadres, devrait rester le même pour tous “si on suit l’idée d’Emmanuel Macron comme quoi un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous”. Pour Henri Sterdyniak, nul doute que “la logique du système prévu dans la réforme est très injuste pour les bas salaires qui vont de fait supporter tout le poids de la réforme...”

Source : , capital.fr

Tag(s) : #France

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