France : Réforme des retraites : le sujet explosif de l’âge pivot

Emmanuel Macron l’a dit : il veut inciter les Français à travailler plus longtemps. Pour y arriver, un âge pivot à 64 ans pourrait être fixé. Ainsi, les actifs prenant leur retraite entre 62 et 64 ans verraient le montant de leur pension minoré. Une mesure qui fait bondir les syndicats.

C’est reparti pour un tour. Après la polémique autour du report de l’âge légal à la retraite qu’a dû éteindre lui-même le Président de la République le 25 avril dernier, voilà revenir l’âge pivot. Cette mesure, moins lisible qui consiste à mettre en place un système de bonus malus, fait tout autant polémique. Elle répond à la volonté affichée par Emmanuel Macron d’inciter les Français à travailler plus longtemps. Estimant que l’équilibre du régime des retraites se situe autour de 63,5 ans, il s’agirait de minorer la pension de ceux qui partent entre 62 ans et 64 ans et de majorer celle de ceux qui partent après. “Le projet dont nous avons entendu parler serait une décote de 5% avant 64 ans et une surcote de 5% au-delà, confie Catherine Perret de la CGT. C’est très inquiétant car cette mesure touchera d’abord les plus fragiles comme ceux qui ont eu des parcours heurtés avec des périodes de chômage ou encore les femmes qui ont travaillé à temps partiel”.

Pour beaucoup de centrales représentant les salariés, le fameux âge pivot ressemble à un ballon d’essai lancé par l’exécutif pour voir comment l’opinion publique réagit. Et il risque de ne pas être déçu. Mesure idiote, inacceptable, une bêtise, une simple vision de gestionnaire… les mots des syndicats sont tous plus forts les uns que les autres pour affirmer le refus d’une telle mesure. “Il ne faut pas d’âge pivot et l’âge de référence doit rester à 62 ans”, proteste Pascale Coton de la CFTC. “C’est hypocrite car oui on garde un âge légal de départ à 62 ans mais tout en disant qu’il ne vaut mieux pas partir à cet âge car il y aura un abattement sur les points. Habillez ça comme vous voudrez mais cela revient à reculer l’âge de départ deux ans”, s’emporte Philippe Pihet de Force Ouvrière.

C’est aussi, selon plusieurs syndicats, un manque de confiance envers les Français qui sont en mesure de décider à quel âge ils estiment qu’il est le plus intéressant de partir à la retraite. “Vous imaginez bien que si un actif sait qu’en partant à la retraite à 62 ans il aura une pension à 997 euros, il est en mesure, sans que personne ne le pousse, de décider lui même de continuer à travailler plus longtemps. Il n’a pas besoin d’un coup de martinet”, assure Frédéric Sève de la CFDT. “Nous préférons la carotte au bâton. Mettre en place une surcote pour les années travaillées au-delà de 62 ans est beaucoup plus incitatif pour travailler plus longtemps”, affirme de son côté Dominique Corona de l’Unsa. “Et puis mettre un âge pivot à 64 ans ne veut pas forcément dire qu’à cet âge vous aurez un niveau de retraite suffisant. La véritable question est de savoir avec combien vous pourrez partir”, s’inquiète Alain Griset, président de l’U2P, Union des entreprises de proximité.

S’il sait très bien la colère que peut provoquer la mise en place de l’âge pivot, pourquoi le gouvernement se risquerait-il à évoquer cette piste ? “Elle est en cours d’instruction pour répondre à la demande du président de la République qui est d’inciter les Français à travailler plus longtemps”, précise-t-on du côté du haut-commissariat avant d’insister sur le fait que, pour le moment, rien n’est tranché. Dans les rangs de la majorité, l'hypothèse de ce bonus malus ne semble pas irréalisable. “Nous tenons notre promesse de garder un âge de légal à 62 ans, rappelle Carole Grandjean, députée de Meurthe-et-Moselle de La République en marche, l’une des ambassadrices de la réforme des retraites. Par ailleurs, nous savons que l’équilibre du régime se situe plutôt autour de 64 ans. Or, de nombreux Français partent à la retraite entre 63 et 65 ans donc cet âge pivot ne serait pas un grand changement par rapport à la réalité. Cette mesure d’équilibre nous permettrait aussi de mener nos propositions fortes comme de fixer un minimum de retraite à 1.000 euros”.

Un discours qui semble satisfaire une partie du patronat qui se félicite de voir la majorité prendre conscience que le seul levier possible pour équilibrer le régime est l’âge. “Il y a un vrai problème de financement des retraites et l’équilibre du régime n’est pas à 62 ans, analyse Eric Chevée, de la Confédération des PME qui plaide pour un report de l’âge légal à 63 ans. Nous préférerions toutefois une mesure de report de l’âge légal car elle est plus lisible, plus honnête et selon nous tout aussi acceptable par les Français”, regrette-t-il. “ Brandir la menace d’un problème de financement des retraite est pour nous un faux argument”, prévient Frédéric Sève. Reste à savoir maintenant quelle sera la position définitive du gouvernement sur cette question. Ce dernier ne devrait pas rendre d’avis avant la remise, dans la première quinzaine de juillet, des préconisations de Jean-Paul Delevoye.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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