France : Retraites: l’âge pivot, qu’est-ce que c’est?

Édouard Philippe a répété que la future réforme des retraites devrait mettre en place un «âge d’équilibre» ainsi que des «incitations à travailler plus longtemps». Plusieurs questions se posent sur le système de décote/surcote qui pourrait être présenté en juillet.

C’est l’un des chantiers les plus polémiques et les plus attendus du gouvernement. Après plusieurs mois de concertation menée sous l’égide du Haut-commissaire, Jean-Paul Delevoye, l’exécutif commence à sortir du bois sur sa réforme des retraites. Cette dernière a été évoquée hier par le premier ministre Édouard Philippe durant son discours de politique générale, à l’Assemblée Nationale. Il a notamment évoqué l’un des points centraux que devrait comporter le texte final: l’établissement d’un âge pivot, ou «âge d’équilibre» pour le système. Le Figaro fait le point sur ce sujet.
● Qu’a dit le premier ministre?

D’après le locataire de Matignon, la «mise en place d’un système universel de retraites» représente un «grand défi de notre génération». Dans ce contexte, le gouvernement souhaite présenter une réforme qui reposera «sur un principe simple: les règles seront les mêmes pour tous». Toutefois, un point suscite de nombreuses interrogations. Quid, en effet, de l’âge de départ à la retraite? «Nous devons travailler plus longtemps, c’est la clé de la réussite du pays», a déclaré Édouard Philippe, ajoutant qu’il s’agissait d’un enjeu financier et de «justice». Dès lors, l’exécutif compte maintenir «la possibilité d’un départ à 62 ans», tout en mettant en place un «âge d’équilibre et des incitations à travailler plus longtemps». Un système qui permettra à chacun de «faire son choix, en liberté et en responsabilité», veut croire la tête de proue du gouvernement.

● Pourquoi fixer un âge pivot?

L’exécutif se tient dans une posture d’équilibriste délicate. Officiellement, pas question de toucher à l’âge légal de départ à la retraite: l’exécutif ne veut en aucun cas susciter l’ire des syndicats, qui se tiennent sur le qui-vive et ont déjà mobilisé par le passé sur ce sujet. 1995, notamment, reste en tête pour ses cortèges spectaculaires contre la réforme Juppé. Pour autant, le système actuel est à bout de souffle: les Français vivent plus longtemps et la charge financière à supporter reste écrasante. Emmanuel Macron l’avait annoncé lors de sa conférence de presse, fin avril: il est nécessaire de «travailler davantage» pour financer la pérennité des retraites.
● Concrètement, à quoi peut-on s’attendre?

Définir un âge pivot permet de pousser les Français à rester en activité plus longtemps, sans - officiellement, du moins - toucher à l’âge légal de départ. D’après les dernières informations, dévoilées début juin par le magazine Challenges , un mécanisme de décote-surcote serait mis en place par le gouvernement autour de 64 ans, âge d’équilibre du régime. Dans les faits, si un tel système était installé, il serait toujours possible de cesser de travailler vers 62 ans, mais cela entraînerait une décote pour le nouveau retraité qui verrait donc sa pension réduite. À l’inverse, celui-ci pourrait rester en activité quelques années, au-delà de l’âge pivot, recevant alors une surcote. La décote dissuade d’arrêter de travailler, tandis que la surcote récompense ceux qui continuent: c’est un mécanisme simple de carotte et de bâton.

Pour l’instant, les détails d’un tel système doivent encore être précisés: à quel point la décote serait-elle punitive? Dans quelle mesure la surcote gonflerait-elle le portefeuille des nouveaux retraités? D’après Édouard Philippe, une telle modification interviendra en parallèle de la «fin des régimes spéciaux» et du remplacement des 42 systèmes actuels par un «système universel». De son côté, Jean-Paul Delevoye se disait plutôt favorable à une surcote seule, sans décote. Les recommandations du haut-commissaire à la réforme seront présentées «en juillet», après dix-huit mois de concertation.
● Comment un tel système est-il accueilli?

Interrogée sur Cnews, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a qualifié l’âge pivot «d’âge d’équilibre du régime sur le plan financier». Celui-ci doit permettre de «trouver un âge entre les actifs et ceux qui partent à la retraite». Pour autant, «il faut que ceux qui ont travaillé très dur puissent partir à 62 ans», a-t-elle précisé. En parallèle, Bruno Le Maire a renvoyé la responsabilité à Jean-Paul Delevoye, mais a déclaré que le système devait «permettre aux Français de vivre mieux». Dans cette optique, il faut que «tous, collectivement, nous travaillions davantage».

Le gouvernement devra aussi convaincre les organisations syndicales du bien-fondé de ses projets. Les partenaires sociaux ont adressé de nombreux signaux d’alerte: la CGT a déclaré qu’elle pourrait «se mettre en colère rapidement» et mobiliser contre ce système. «Oui, il y a un gros loup. On nous dit ‘on ne change pas l’âge légal’, mais si vous partez à l’âge légal, vous n’aurez pas de quoi vivre parce que c’est ça la décote», a critiqué son secrétaire général Philippe Martinez sur FranceInfo. La CFDT s’est elle aussi opposée à «l’évocation, pour le régime des retraites, d’un âge d’équilibre identique pour tous qui n’est ni nécessaire financièrement ni juste pour celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt». Elle estime que cette mesure «compromettrait l’équilibre du projet de réforme et le rendrait inacceptable».

Même son de cloche côté politique: un certain nombre d’élus ont dénoncé la position «hypocrite» du gouvernement, qui repousse l’âge légal de départ à la retraite sans en avoir l’air. «Le gouvernement avance masqué, il ne veut pas dire la vérité, il n’assume pas un report de l’âge légal de la retraite», a par exemple réagi le député (LR) Damien Abad. Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, a quant à lui dénoncé une «hypocrisie […] absolue».

Source : Wladimir Garcin-Berson, lefigaro.fr

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