France : Retraites : pourquoi il va falloir rapidement faire des économies

Le comité de suivi des retraites rappelle qu'un déficit devrait se creuser jusqu'en 2025, date d'entrée en vigueur de la grande réforme.

Il n'y aura a priori pas de mesure de redressement financier du système des retraites dans le budget de la Sécurité sociale de 2020, à l'automne. Face au risque de faire dérailler sa grande réforme, le gouvernement a renoncé à prendre des mesures permettant de retarder rapidement l'âge effectif de départ à la retraite, afin de ne pas braquer la CFDT, soutien potentiel du passage à un système de retraite à points.

Est-ce pour autant abandonné ? Rien n'est moins sûr. Publié vendredi, l'avis du comité de suivi des retraites, un organisme composé d'experts né en 2014 sous François Hollande pour veiller à la santé financière des retraites, notamment, vient remettre les pendules à l'heure.

Une promesse de campagne prise à contrepied

En juillet 2017, ce comité avait déjà recommandé au gouvernement « de prendre les mesures nécessaires afin de ramener le système sur une trajectoire d'équilibre ». Une douche froide pour Emmanuel Macron qui avait fait campagne avec l'idée, que le système n'avait pas de problème financier majeur et qu'il était possible de le réformer tout en promettant le maintien de l'âge légal de départ à 62 ans. Sauf que, entre-temps, la donne a changé. Que s'est-il passé ? L'Institut national de la statistique et des études économiques, l'Insee, a revu ses hypothèses démographiques sur la base de sa dernière grande enquête. L'évolution du solde migratoire, moins positif, ainsi que l'allongement de l'espérance de vie, a conduit le Conseil d'orientation des retraites (COR) à dégrader le solde financier des retraites projeté dans le futur.

En 2018, pour son cinquième avis, le Comité de suivi des retraites avait maintenu sa recommandation, en notant que le gouvernement s'était engagé à ce que le haut commissaire chargé de la réforme, Jean-Paul Delevoye, « intègre les préoccupations du comité ».

Cette année, le Comité de suivi, à la tête duquel vient d'être nommé Didier Blanchet, un administrateur de l'Insee spécialiste des retraites, réitère donc sa position. Et relève même une nouvelle « légère dégradation » à court terme « sous l'effet de l'arrêt de la hausse des cotisations vieillesse, de la fin progressive du relèvement de l'âge légal d'ouverture des droits (sans relais immédiat de l'augmentation de la durée d'assurance) et d'une progression de la masse salariale moindre qu'initialement attendue. » À court terme, d'ici à 2022, le système de retraite serait en déficit de 0,2 % du PIB à 0,4 %, soit de 5 à 10 milliards d'euros environ. Ce trou entre les recettes et les dépenses de retraites se creuserait ensuite un peu à l'horizon 2025 entre 0,3 et 0,6 % du PIB.

Des mesures de redressement de court terme nécessaires

Le gouvernement va donc vraisemblablement devoir redresser la barre, afin que le futur universel, dans lequel un euro cotisé donnera les mêmes droits à la retraite pour tous, démarre sur une base saine en 2025, date de son entrée en vigueur progressive. Deux options sont envisageables : inclure des mesures de redressement dans le projet de loi de réforme des retraites lui-même, qui pourrait être discuté au Parlement après les municipales, ou bien attendre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2021.

À long terme, le problème financier des retraites n'est pas catastrophique, loin de là. Le résultat dépend de conventions comptables complexes, mais celle que le comité juge la plus pertinente prévoit un déficit de seulement 0,5 % du PIB en 2070 dans le scénario économique le moins favorable, dans lequel la croissance de la productivité du travail (niveau de la production rapporté au nombre de travailleurs mobilisés) est limitée à 1 %, comme lors de la dernière décennie.

Pour évaluer la situation du système de retraites, les experts regardent aussi la trajectoire des dépenses en pourcentage du PIB, moins dépendante des conventions comptables retenues. À 13,8 % du PIB actuellement – un niveau élevé par rapport aux autres pays européens –, elles devraient rester stables ou baisser. « Dans le scénario de croissance de la productivité à 1 %, qui correspond à la trajectoire observée au cours de la dernière décennie, elles s'établiraient à 13,8 %. Au début des années 1990, cette proportion était de l'ordre de 11 % et, sans réformes, était appelée à s'élever à environ 21 % à l'horizon de 2060. Les réformes passées ont ainsi permis de contenir fortement la progression des dépenses », remarque le comité de suivi.

Une tâche qui s'annonce ardue

Si la situation n'est donc pas catastrophique, Emmanuel Macron va tout de même devoir agir dans le cadre de sa réforme. Celle-ci devra permettre de combler le trou financier qui persiste, dans le système actuel, au moins jusqu'en 2040. « Son ampleur est sans commune mesure avec les déséquilibres qui étaient anticipés au début des années 1990, mais il appelle malgré tout, sous une forme ou sous une autre, des mesures de rétablissement d'équilibre. » Autrement dit, « ce qui subsiste de déséquilibre financier incite (…) à cumuler mesures de rééquilibrage et remise à plat du système, au risque que les premières ne fragilisent le soutien de la seconde ».

La tâche s'annonce ardue. « Même dans un contexte financier qui aurait été totalement assaini, un changement d'aussi grande ampleur est nécessairement très complexe à mettre en œuvre en pratique », reconnaissent les experts, plutôt favorable aux principes de la réforme annoncée.

Source : Marc Vignaud, lepoint.fr

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