France : Les chômeurs, victimes collatérales de la réforme des retraites ?

Dans ses préconisations sur la future réforme des retraites, le haut-commissaire, Jean-Paul Delevoye, prévoit d’instaurer un âge d’équilibre à 64 ans. Ainsi, si vous partez avant, votre pension sera minorée. Une situation qui pourrait pénaliser les seniors au chômage avant de partir à la retraite.

La réforme des retraites, une double peine pour les chômeurs seniors ? Si l’un des objectifs des préconisations du haut-commissaire est d’inciter les Français à travailler plus longtemps, encore faut-il qu’ils occupent un emploi. Ainsi, d’après des chiffres de la Dares, organisme de statistiques rattaché au ministère du Travail, en 2018, 56% des personnes âgées de 55 à 64 ans sont en activité. Les autres pourraient être impactées par l’instauration de l’âge d’équilibre. Ainsi, ceux qui demanderont le versement de leur retraite avant cet âge d'équilibre - qui devrait être fixé à 64 ans en 2025 - subiront automatiquement une décote de 5 % par année manquante. Soit une retraite amputée de 10 % pour ceux qui feront liquider leur retraite dès 62 ans et de 5 % pour ceux qui demanderont son versement à 63 ans.

La question est de savoir si Pôle emploi va continuer à indemniser tous les chômeurs jusqu’à ce nouvel âge du taux plein – et dans l’affirmative à quelles conditions - prenant à sa charge le relèvement déguisé de l’âge de la retraite ou s’il va arrêter de les indemniser dès 62 ans, quel que soit leur durée d’assurance, puisque cette notion disparaît dans le futur régime. Mais s’ils se retrouvent sans allocations chômage, et sont contraints de demander la liquidation de leur retraite à 62 ans, ils subiront automatiquement la nouvelle décote, à l’instar de ce qui se passe actuellement dans le régime complémentaire des salariés du privé Agirc-Arrco.

Ainsi, depuis le 1er janvier, un malus temporaire de 10 % est appliqué dans le nouveau régime complémentaire unique Agirc-Arrco à ceux qui demandent le versement de leur retraite complémentaire dès qu’ils remplissent les conditions pour bénéficier de leur retraite de base à taux plein. Seule solution pour y échapper : reporter la date de son départ en retraite d’un an, soit à 63 ans pour ceux qui remplissent les conditions de durée d’assurance pour le taux plein à 62 ans, à 64 ans pour ceux qui remplissent les conditions pour le taux plein à 63 ans, etc …

Sauf que tous les futurs retraités n’ont pas forcément le choix de décaler la date de leur départ en retraite. C’est notamment le cas de ceux qui se retrouvent au chômage en fin de carrière. S’ils sont toujours en cours d’indemnisation à l’approche de la retraite, Pôle emploi va cesser de les indemniser dès qu’ils réunissent les conditions de durée d’assurance pour faire liquider leur retraite à taux plein, même s’ils n’ont pas épuisé tous leurs droits. Et ils n’ont pas d’autre solution que de demander immédiatement le versement de leur retraite (à moins qu’ils aient par ailleurs d’autres sources de revenus). Conséquence : ils subissent systématiquement le malus sur leur retraite complémentaire.

Face à cette situation, les partenaires sociaux ont décidé de corriger le tir mais uniquement pour les chômeurs les plus modestes, bénéficiaires de l’allocation spécifique de solidarité (ASS). L’accord Agirc-Arrco, signé le 19 mai dernier, prévoit qu’ils sont désormais exonérés de malus s’ils font liquider leur retraite dès qu’ils réunissent les conditions pour bénéficier du taux plein. Une solution dont pourrait s’inspirer le futur régime universel ?

Source : Nathalie Cheyson-Kaplan, capital.fr

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