France : Pourquoi la réforme des retraites peut réussir

Après la remise du rapport Delevoye en juillet, le gouvernement a annoncé le 21 août qu'il ouvrait une période de concertation citoyenne, avant de lancer en fin d'année le débat parlementaire. Avec un objectif affiché : créer une adhésion collective autour d'un projet emblématique et capital pour la transformation du modèle français.

Et c'est possible. Car le projet offre une copie très séduisante, en combinant la pérennisation, largement souhaitée, du principe de répartition et une rupture positive dans trois domaines : lisibilité, équité, et responsabilité.

La lisibilité est peut-être le trait de génie de cette réforme, et celui qui la fera réussir. Le même régime par points pour tous les salariés, public et privé, avec un taux de cotisation unique (28 %). Un âge pivot (64 ans pour démarrer) assorti d'un taux de rendement unique (5,5 %) pour chaque point accumulé. Un minimum assuré pour les faibles retraites (85 % d'un SMIC pour une carrière complète) et pour les réversions (maintien 70 % de la retraite du couple). C'est autour de principes forts, illustrés par des chiffres clairs, que la vision va se structurer et le débat s'organiser.

Cette lisibilité ne tranche pas seulement avec la complexité ressentie du système actuel, source d'incompréhension, de stress et de mauvais choix, qui pèsent toujours plus sur les moins bien informés. Elle est une marque de respect et de confiance dans l'intelligence collective, à l'opposé de réformes technocratiques « trop intelligentes » pour que le bon peuple puisse les apprécier. Elle rend possible la concertation, qui mettra sur le chemin de l'adhésion.

Là où l'oxymore « libéral-social » de la réforme du travail a pu créer une tension, c'est un dyptique bien plus consensuel solidarité-équité qui ressort comme le message marquant du rapport Delevoye.

Solidarité renforcée, au niveau du système actuel (environ 25 % consacrés à la redistribution), mais solidarité orientée vers ceux qui en ont, à l'évidence le plus besoin : faibles rémunérations, handicapés, carrières heurtées (femmes en particulier) ou pénibles.

Un message d'équité tourné en particulier vers les jeunes générations, qui savent que leur carrière professionnelle sera marquée par les tournants et les incertitudes, et pour qui il est capital qu'au bout de la route liberté, choisie ou subie, ne rime pas avec précarité. Avec, au coeur de cette solidarité entre générations, un message essentiel symbolisé par la « règle d'or » de l'équilibre : vous serez, vous aussi, protégés quand votre tour viendra.

Mais l'équité oblige - et c'est la troisième rupture - à une plus grande responsabilité. Responsabilité collective d'abord, en acceptant par avance de faire évoluer les paramètres du système, et notamment l'âge pivot en fonction de la démographie du pays.

Comment la réforme des retraites rebat les cartes pour les cadres

Responsabilité individuelle aussi, car le nouveau système, en étant plus lisible, indique aussi clairement les limites de la solidarité pour permettre mieux à chacun d'y faire face ou de s'y préparer, et « flèche » par avance des solutions, en rendant plus avantageux le cumul emploi-retraite d'un côté, et en mettant en place à travers la loi PACTE des conditions très favorables à la constitution d'un complément d'épargne retraite.

Avec un double message qui va être vite entendu. Aux Français en activité : dans les périodes où votre revenu vous permet d'épargner, consacrez sans tarder la part nécessaire à votre complément de retraite. Aux entreprises : si vous voulez être un « bon employeur », mettez en place un complément de retraite attractif.

Il reste désormais à mener une concertation réussie, à susciter des oppositions constructives (elles en tireraient peut-être crédit), et à ne pas diluer une vision claire et lisible par des excès de technocratie. Tout cela est possible, et même probable si la gestion de la réforme continue à être menée avec le même « professionnalisme » le chemin étant comme dans toute transformation partie intégrante de l'atteinte de l'objectif.

Source : Nicolas Schimel, président de Filib, lesechos.fr

 

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