France : Réforme des retraites : les propositions qui crispent les agriculteurs

Globalement favorables à la création d’un régime universel de retraite, les agriculteurs pointent cependant quelques incohérences.

Bien, mais peut encore mieux faire. Si plusieurs syndicats représentant les agriculteurs s’accordent pour dire que la création d’un régime universel est une bonne chose, ils regrettent certaines préconisations du haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye. Pour faire connaître ses inquiétudes, l’un d’entre eux, la Coordination rurale (CR), a envoyé, le 6 août dernier, un courrier au haut-commissaire ainsi qu’au Premier ministre et à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Dans leur viseur, le minimum de cotisation à payer, même quand le montant de revenu est nul.

Aujourd’hui, ce minimum de cotisation est fixé à 1.800 euros par an. Dans ses préconisations, le haut-commissaire prévoit de le redescendre à 1.500 euros. “Nous ne pouvons pas accepter d’avoir à payer une cotisation minimum alors que, par ailleurs, une attribution de points gratuits est prévue pour d’autres catégories de citoyens n’ayant pas de revenu pour cotiser”, regrette Armand Paquereau, président de la section retraités de la CR. Pour cette raison, le syndicat demande la suppression pure et simple de ce minimum de cotisation. Une requête que ne partage pas un autre syndicat, la FNSEA, qui préfère, de son côté, se féliciter de cette baisse de 300 euros du montant de cotisation.

Au-delà de cette cotisation minimale, la Coordination rurale s’inquiète aussi pour les différents niveaux de cotisation proposés aux indépendants. Dans le rapport, le taux de cotisation est prévu à 28,12% jusqu’à un plafond de la Sécurité sociale (soit environ 40.000 euros). Il est ensuite réduit à 12,94 % entre 40.000 et 120.000 euros de revenus. “Nous souhaitons que cette grille soit précisée plus en détail. Il semble que la majorité des exploitants se situe dans la tranche de 0 à 1 plafond de la Sécurité sociale”, demande Armand Paquereau.

Là encore, la vision est différente à la FNSEA. “Oui les cotisations seront plus élevées qu’aujourd’hui où elles tournent autour de 21%, relève Robert Verger, en charge des questions sociales pour le syndicat. Mais cette situation est normale car elle permet d’avoir un minimum de pension plus important. En parallèle, nous allons gagner au niveau de la contribution sociale généralisée (CSG). Cette dernière ne devrait plus être prélevée sur une assiette de revenu brute mais sur le net”, ajoute-t-il. La FNSEA affirme cependant qu’elle sera vigilante pour que ces préconisations se retrouvent bien dans le futur projet de loi.

Malgré ces divergences de point de vue, ces organisations syndicales se satisfont en choeur de l’instauration d’un minimum de pension de 1.000 euros. Un coup de pouce financier salvateur pour les exploitants agricoles. En effet, d’après des chiffres du Conseil d’orientation des retraites, les exploitants agricoles touchent une pension moyenne de 730 euros. Si l’effort est salué, pour la Coordination rurale, on est cependant encore loin du compte. “Ce montant est insuffisant pour des agriculteurs qui, souvent, ont travaillé le double du temps légal tout au long de leur vie”, regrette Armand Paquereau.

D’après les annonces du président de la République en avril dernier, ce minimum de pension ne devrait pas attendre la réforme pour voir le jour. Il pourrait être mis en place dès le 1er janvier 2020. Il ne s’appliquerait qu’à ceux prenant leur retraite à partir de cette date. Or, pour la FNSEA, les retraités actuels devraient aussi être concernés. “Ces derniers ne comprendraient pas leur exclusion du bénéfice de la future retraite minimum à 1.000 euros”, alerte Robert Verger de la FNSEA. “La feuille de route proposée pour le projet de réforme ne doit cependant pas dédouaner le gouvernement d’agir pour améliorer les retraites agricoles actuelles. La justice sociale et les retraites décentes ne peuvent pas attendre 2025”, prévient la Confédération paysanne, dans un communiqué. Un geste en leur faveur est donc attendu rapidement.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :