France : Réforme des retraites : mauvaise nouvelle, avoir une (trop) belle carrière pourrait se retourner contre vous

Dans une étude présentée ce jeudi 19 septembre, l’Observatoire français des conjonctures économiques démontre que les carrières ascendantes pourraient être pénalisées par la réforme des retraites. Des aménagements pourraient cependant limiter les dégâts.

Avoir un salaire qui augmente rapidement tout au long de la carrière est plutôt une bonne nouvelle. Mais en matière de retraite, la création d’un régime universel pourrait changer la donne. C’est ce que démontrent quatre chercheurs de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Cet organisme de prévision, rattaché à Sciences po, a choisi d’étudier le cas d’un salarié du privé avec une carrière complète de 43 ans et ayant gagné moins d’un plafond de la Sécurité sociale, soit 40.524 euros par an en 2019.

L’impact de la réforme n’est pas à étudier en fonction des revenus perçus mais plutôt par rapport à l’évolution de votre carrière. Pour faire les comparaisons, les auteurs ont dressé trois profils : une carrière stable avec une évolution de salaire dans la moyenne (1,4% par an), une carrière dynamique avec une augmentation de 1,9% par an et une déclinante avec une hausse contenue de 0,9%. “Ce système va créer une redistribution des carrières dynamiques vers les carrières déclinantes”, analyse Vincent Touzé, l’un des auteurs de l’étude. Ainsi, un actif qui commence à 80% du plafond de la Sécurité sociale et qui termine à 100% sera moins bien traité que celui dont le salaire est toute sa vie à 90% du plafond ou qui part de 100% pour atteindre 80% en fin de carrière.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Tout d’abord, la prise en compte de l’ensemble de la carrière au lieu des 25 meilleures années. Ainsi, il ne sera plus possible de faire disparaître dans le calcul de sa pension ses 18 “pires” années, soit celles où votre salaire a été le plus bas. “Prenons l’exemple extrême d’un salarié qui pendant 18 ans a travaillé pour un salaire égal à 600 fois le smic horaire brut, soit le nombre minimum pour valider une année complète pour votre retraite. Ensuite pendant 25 ans, il a gagné une rémunération égale à un plafond de la Sécurité sociale, détaille Vincent Touzé. La baisse de sa pension dans le régime universel par rapport à aujourd’hui pourrait être de 15 points”.

Autre point pénalisant pour ces carrières dynamiques, la valorisation de la valeur d’achat du point, soit le montant qu’il faut cotiser pour obtenir un point. Comme cette valeur évoluera en suivant la courbe de la moyenne des salaires, mécaniquement le nombre de points acquis augmentera moins vite que le salaire de ces carrières dynamiques. Résultat, une fois arrivés à la retraite, ces derniers verront leur taux de remplacement, soit la différence entre la pension et le dernier salaire, diminuer. A l’inverse, les carrières déclinantes seront gagnantes car les points achetés seront mieux revalorisés que leur salaire.

Enfin, ces carrières dynamiques pourraient être encore plus pénalisées en fonction du mode de transition choisi pour le passage entre le régime d’aujourd’hui et celui de demain. Si l’option retenue est de convertir les droits acquis dans l’ancien régime en point, ceux qui ont connu une ascension dans leur carrière pourraient être de nouveau perdants car leurs anciens droits seront sous-revalorisés, la valeur d’achat de leurs points évoluant moins vite que leur salaire. A contrario, s’il est décidé d’imbriquer les deux systèmes en gardant les droits acquis dans l’ancien système et en proratisant le résultat en fonction du nombre d’années passées, ce mode de calcul pourrait être plus favorable car les actifs qui ont effectué la majorité de leur carrière avant 2025 pourraient plus longtemps profiter des anciennes règles.

Pour éviter ces deux travers, dans son rapport Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux retraites, propose une autre formule qui, selon Vincent Touzé, serait plus avantageuse et ne ferait pas de perdants. Mais encore faut-il la comprendre. “On ne prendra pas vos 25 meilleures années en 2025 mais on va pondérer la durée de cotisation dans l’ancien système. Pour faire simple, si vous avez cotisé à 50 % dans l’ancien système on ne prendra pas 25 mais vos 12 meilleures années, ce qui est donc plus généreux”, décrypte Vincent Touzé. De quoi atténuer un peu la baisse de niveau de pension des carrières dynamiques.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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