France : Réforme des retraites : comment Macron justifie qu’on ne connaisse pas la valeur du point

A Rodez, jeudi soir, le chef de l’Etat s’est efforcé de répondre aux inquiétudes des Français sur cette réforme phare de la seconde moitié du quinquennat.

C’est l’une des principales critiques portées contre la réforme des retraites. Le gouvernement veut basculer dans un système par points, certes, mais quelle sera la valeur de ce point ? Nul ne le sait, et cette incertitude contribue à rendre la réforme anxiogène. « La retraite par points est une loterie ! » dénonce la CGT sur ses tracts (PDF).

La réforme est encore en construction, il est donc logique que la question de la valeur du point ne soit pas encore tranchée. « Comment on fixe ces points ? C’est le débat que l’on doit avoir », a répondu Emmanuel Macron, jeudi soir à Rodez, interrogé par un panel de 500 lecteurs de « la Dépêche du Midi ».

C’est pourquoi le chef de l’Etat appelle à se méfier des chiffres qui circulent sur le montant des pensions des futurs retraités à partir de 2025 :"« Des journaux ont sorti des simulateurs. Les simulations, c’est de la pipe complète ! »"

Et pour cause, insiste-t-il, « on n’a pas fixé comment on calcule la valeur du point. En janvier-février, on aura ces paramètres ». La concertation avec les partenaires sociaux se poursuit, et prière d’être patient !

Tout de même, un premier élément de réponse se trouve dans le rapport présenté cet été par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye. Il y est proposé un rendement de 5,5 %. Qu’est-ce que cela veut dire ? 100 euros cotisés ouvriraient des droits à une pension de 5,50 euros par an durant toute la retraite. Par exemple, une personne payée 2 000 euros brut par mois et travaillant 42 années et qui cotiserait à 28,12 % de ses revenus, percevrait une pension à taux plein de 1 299 euros brut par mois. Mais ce calcul est valable seulement à euro constant. Il se complexifie lorsque l’on prend en compte l’inflation et la hausse du revenu moyen. Surtout, on ne sait pas encore si la réforme imposera une décote en cas de durée de cotisation insuffisante, pour nous inciter à travailler plus longtemps – c’est l’un des « paramètres » dont parle Emmanuel Macron.

La valeur du point va évoluer

En outre, la valeur du point sera amenée à évoluer pour chaque génération de nouveaux retraités afin d’assurer l’équilibre financier du régime, aujourd’hui en déficit. De ce point de vue là, le nouveau régime sera plus strict et porteur potentiellement d’une révision des nouvelles pensions à la baisse, si le chômage monte en flèche ou si le nombre des cotisants baisse pour des raisons démographiques. Encore une inquiétude pour certaines organisations syndicales. « Le montant de la pension n’est connu qu’au moment de la liquidation », au moment du départ en retraite, dénonce la CGT. Tandis que pour le numéro un de Force ouvrière, Yves Veyrier :
"« On quitte le système actuel, qui est à prestations définies, pour un nouveau système dans lequel l’Etat aura la main sur l’ensemble des paramètres et pourra en faire un outil d’équilibre des comptes publics. »"

La philosophie de la réforme est en effet de contenir les dépenses de retraite au niveau actuel, soit 13,8 % du PIB (324 milliards d’euros). Un gâteau qu’il faudra partager en des parts plus petites si le nombre de retraités augmente plus vite que celui des cotisants.

Déterminer la valeur du point, c’est donc fixer la taille de la part de gâteau. Qui s’en chargera ? « Il y aura une gouvernance, on ne va pas figer pour toujours le système », a déclaré Emmanuel Macron. « Chaque année, une autorité indépendante doit dire où l’on en est, si le système est à l’équilibre ou pas », précise le chef de l’Etat.

Macron et le social : le dialogue mis en scène

Aux syndicats, Emmanuel Macron répond aussi qu’ils seront eux-mêmes partie prenante : « Un collège (avec des représentants des salariés et des parlementaires) aura à suivre chaque année et à prendre les décisions en toute transparence. »
"« Comme le système repose sur des cotisations, il est normal que les partenaires sociaux soient autour de la table, en responsabilité. C’est un contrat social nouveau. »"

« Des règles d’or »

La valeur du point ne pourra pas baisser, selon le rapport Delevoye. Emmanuel Macron évoque pour sa part des garde-fous :
"« La loi-cadre que les parlementaires auront à voter aura à définir des règles d’or (comme le mécanisme d’indexation du point, ou l’âge légal…) […] Je veux qu’on mette dans les règles d’or de protéger le pouvoir d’achat. »"

La seconde garantie concerne le minimum de pension. Le plancher sera un peu plus élevé qu’aujourd’hui pour une carrière pleine : « Le minimum contributif, on va le mettre à 1 000 euros, il est aujourd’hui à 970 euros », promet Emmanuel Macron.
Retraite à points : la redoutable « part des anges » qui peut amputer votre pension

Les inquiétudes autour de la valeur du point traduisent plus globalement un manque de confiance envers cette réforme. Car aujourd’hui, les retraites complémentaires des 15,6 millions de Français pensionnés par l’Agirc-Arrco sont calculées en points, dont personne ne se soucie de connaître la valeur.

Source : Baptiste Legrand, nouvelobs.com

 

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