France : Report de l’âge de départ à la retraite, baisse des pensions… : les conséquences de ces mesures sur le long terme

En matière de retraite, les choses sont claires. Pour réduire les dépenses, il existe trois leviers : augmenter les cotisations, baisser les pensions ou allonger la durée de travail. Mais ce que l’on sait moins c’est l’impact de ces mesures pour les dix à vingt années qui suivent.

Emmanuel Macron l’a affirmé, en 2025, au moment de créer le système universel de retraite, le régime devra être à l’équilibre. Mais comment y arriver ? Pour avoir toutes les cartes en main, le Conseil d’orientation des retraites (Cor) a étudié quatre hypothèses sur le long terme : hausse des cotisations sociales patronales, hausse des cotisations sociales salariales, recul de l’âge moyen de départ et baisse du montant des pensions. Dans un document de travail, que s’est procuré Capital, le Cor se base sur des chiffres de la direction générale du Trésor et l’Observatoire français des conjonctures économiques (Ofce). Les évolutions mises en place ont été chiffrées à un point de PIB, soit 25 milliards d’euros.

Premier scénario étudié, l’augmentation de 3,3 points du taux de cotisations sociales employeurs. A première vue, on peut penser que l’effort porte uniquement sur les entreprises et non sur les salariés. Mais c’est sans compter les répercussions que peut avoir une telle mesure. Dans le document de travail, le Cor note qu’elle aurait pour effet de dégrader la compétitivité et ainsi de détruire des emplois et donc de provoquer une hausse du chômage.

Le pendant d’une telle mesure est l’augmentation des cotisations salariales de l’ordre de 2,6 points. Là, l’impact sur le pouvoir d’achat est plus clair. La répercussion immédiate est une baisse du salaire net. “Il s’agit d’un choc de demande, car le revenu disponible des ménages diminue comptablement dès le court terme”, pointe le Cor. Ce choix fait donc peser l’effort de financement des retraites sur les salariés. Les répercussions sont en chaîne, si le salaire net baisse, la consommation suit le même mouvement ce qui fait reculer l’activité. Mais sur le moyen terme, les effets ne sont plus aussi négatifs. “La balance commerciale s’améliore car les importations diminuent sous l’effet de la contraction de la demande intérieure”, note le Conseil.

La troisième variable étudiée est démographique. L’hypothèse posée est une hausse de la population active de 2% (600.000 personnes) alors qu’en parallèle, le nombre de pensionnés recule dans la même proportion. Une telle évolution revient à relever l’âge légal de départ à la retraite. “A court terme, le choc de population active entraîne une hausse du chômage qui pèse sur la formation des salaires et le pouvoir d’achat des ménages”, relève le Cor. Sur le court terme, l’effet net sur le pouvoir d’achat des ménages est donc négatif. Le constat est moins tranché sur le plus long terme. Si au départ le salaire brut et le coût réel du travail diminuent progressivement du fait de la hausse du chômage, ensuite comme le coût réel du travail diminue, le chômage suit lui aussi la même progression. D’un point de vue budgétaire, le report de l’âge n’est pas aussi intéressant qu’il n’y paraît. Oui, le montant des prestations sociales diminue car les pensions versées reculent. Mais comme le taux de chômage chez les actifs proche de la retraite est élevé, les allocations chômage versées vont, de leur côté, augmenter.

Enfin, le dernier scénario étudié, est la baisse des pensions de 7,5%. “Il s’agit d’un choc de demande, car le revenu disponible des ménages diminue comptablement à court terme”, analyse le Cor. Résultat, la consommation recule ce qui se traduit par une baisse de l’activité. Comme pour la mesure de recul de l’âge, le salaire brut et le coût réel du travail diminuent progressivement et ainsi la compétitivité-prix et les exportations sont améliorées Les destructions d’emplois et les pertes d’activité sont limitées.

Le Cor devrait s’appuyer sur ces hypothèses pour faire ses préconisations au gouvernement d’ici le 22 novembre. Il a été missionné par l’exécutif pour réaliser des projections sur l’avenir du régime d’ici à 2030 et déterminer l’ampleur des mesures qu’il faudrait prendre pour garantir l’équilibre du régime en 2025.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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