France : Retraites: ces concessions agitées pour éviter un conflit généralisé sur les retraites"

Report de l'entrée en vigueur, dérogations... Plusieurs scénarios alternatifs à la réforme des retraites circulent pour tenter de démobiliser les syndicats.

Tandis que les syndicats contestataires rêvent de rééditer les grandes grèves de 1995, le gouvernement se démène pour tenter d’éviter un conflit généralisé sur la future réforme des retraites. Après une première série de grèves à la rentrée, le temps social se couvre pour la fin de l’année, avec une première grève interprofessionnelle programmée le 5 décembre prochain. Affichant une unité rare, la CGT, FO, la FSU et Solidaires ont décidé de rejoindre les syndicats de la SNCF et de la RATP, soutenus par les mouvements lycéens Fidl, MNL, UNL et étudiant Unef.

Face à cette coalition des oppositions, l’exécutif affiche sa souplesse et martèle que le cadre de sa réforme n’est pas encore arrêté. Côté politique, priorité réaffirmée à la pédagogie et la concertation directe avec les Français. Après Emmanuel Macron la semaine dernière, Édouard Philippe participe à son tour ce jeudi 17 octobre à un débat citoyen avec des parents d’élèves sur ce sujet très délicat.

Côté coulisses, le Haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, qui sera présent dans le Jura aux côtés du Premier ministre, poursuit ses discussions avec les syndicats et n’hésite pas à sortir du cadre fixé par le président de la République afin de désamorcer les blocages.

Vers “la clause de grand-père”?

Officiellement, le cadre de la réforme demeure inchangé, l’exécutif visant un nouveau système de retraite universel par points qui fusionnera les 42 régimes existants à l’horizon 2025. La bascule devrait théoriquement s’opérer pour les générations nées à partir de 1963. Mais à en croire les informations du journal Les Échos, le gouvernement serait ouvert à des scénarios alternatifs prévoyant un report de l’entrée en vigueur du nouveau système.

Le Premier ministre avait lui-même insisté sur ce point mi-septembre: “Peut-être le nouveau système ne devra-t-il s’appliquer, pour certains régimes, qu’à des personnes plus jeunes, plus éloignées de la retraite. Là-dessus, je n’ai aucun tabou”, avait-il déclaré devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Citant un document de travail distribué aux partenaires sociaux, le quotidien économique révèle que le gouvernement ne ferme pas la porte à une bascule engageant des “générations postérieures”, voire même une réforme qui ne s’appliquerait qu’aux “nouveaux entrants sur le marché du travail” en 2025. C’est ce qu’on appelle la “clause du grand-père”.

Concrètement, c’est le principe qui s’est appliqué pour la suppression du statut des cheminots, seuls les nouveaux entrants à la SNCF perdant les bénéfices de ce généreux contrat.

Principal avantage politique d’une telle concession: un grand nombre des personnels appelés à manifester en décembre ne seraient plus concernés par la réforme. Principal inconvénient: soit cette concession ne s’applique qu’à une partie des Français, et elle prolonge le principe des régimes spéciaux; soit la concession s’applique à tout le monde et cela revient à reporter à très loin le big bang annoncé de la réforme des retraites.

La “transition” au coeur de la discussion

C’est ce que le gouvernement veut éviter, lui qui n’a de cesse de brandir un argument d’égalité et d’urgence pour justifier sa réforme. “Les Français ne comprennent pas pourquoi ils continuent à payer des personnes qui partent à 52 ans, qui font les mêmes métiers qu’eux, et eux partent à 62 ans”, a prévenu Jean-Paul Delevoye. “Le gouvernement ne transigera pas sur les grands objectifs de la réforme”, à savoir “un système universel remplaçant les 42 régimes actuels, où les règles seront les mêmes pour tous”, souligne encore Matignon.

Au-delà de la date d’entrée en vigueur du système, les syndicats se disent également préoccupés par la période de transition entre l’ancien système et le nouveau. Un sujet extrêmement technique et source de crispations, faute de lisibilité. Va-t-on assister à une cohabitation de différents systèmes d’une génération à l’autre entre 2025 et 2040? Des taux de cotisation différents pourront-ils coexister au sein d’une même profession en fonction de l’âge des personnes en activité? L’équation relève du casse-tête.

“Rien n’est tranché sur la durée de la période de transition”, réaffirme prudemment Matignon ce jeudi.

Pour l’heure, l’exécutif préfère d’ailleurs se focaliser sur le cadre, le calendrier et le périmètre, renvoyant les détails à des discussions ultérieures. “Nous visons un projet de loi fixant le cadre général et les garanties avant l’été prochain”, rappelle Jean-Paul Delevoye. Ajoutant qu’il faudra ensuite “travailler régime par régime pour mettre en place les transitions progressives” jusqu’en 2040.

Source : Geoffroy Clavel, huffingtonpost.fr

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