France : Pourquoi la réforme des retraites pourrait changer la donne pour les hauts revenus

Dans le futur régime universel, au-delà de 120.000 euros de revenu, vous ne cotiserez plus pour votre retraite. Un changement de taille, surtout si vous êtes un salarié du privé car, aujourd’hui, vous pouvez cotiser jusqu’à plus de 320.000 euros.

Dans le futur régime universel - s’il voit un jour le jour - tous les futurs actifs devraient cotiser pour leur retraite dans la limite d’un salaire ou d’un revenu professionnel correspondant à trois fois le plafond actuel de la Sécurité sociale, soit un peu plus de 120.000 euros par an. Les “gros” salaires supporteraient toutefois une cotisation déplafonnée de 2,81 %, calculée sur la totalité de leur rémunération - même au-delà de trois plafonds - qui ne donnerait aucun point de retraite mais servirait à l’équilibre du régime.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Comment cotisent ceux qui gagnent le plus ? À la différence des assurés lambda qui cotisent sur la totalité de leur salaire ou de leur revenu professionnel, les hauts revenus ne cotisent pas toujours sur la totalité de ce qu’ils gagnent… Pour leur retraite de base, les assurés du privé ne cotisent qu’à hauteur du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 40.524 euros en 2019. Mais en contrepartie, tous les “hauts revenus” acquièrent les mêmes droits pour leur retraite de base. Conséquence : un cadre ou un chef d’entreprise qui gagne l’équivalent de 5 ou 10 plafonds de la Sécurité sociale aura la même retraite de base que celui qui gagne tout juste le plafond. Soit une retraite théorique égale à la moitié du plafond annuel de la Sécurité sociale, s’il a toujours cotisé à hauteur du plafond pendant ses 25 meilleures années et peut prétendre à une retraite à taux plein. En réalité, sa retraite de base se situera plutôt aux alentours de 45 % de ce plafond compte tenu des règles de revalorisation.

Les régimes complémentaires obligatoires prévoient également une limite au-delà de laquelle leurs ressortissants ne cotisent plus. Mais cette limite varie sensiblement d’un régime à l’autre. Pour les cadres supérieurs et chefs d’entreprise qui cotisent auprès de l’Agirc-Arrco, elle est fixée à 8 fois le plafond de la Sécurité sociale, soit 324.192 euros en 2019. En revanche, pour les chefs d’entreprise rattachés à la Sécurité sociale des indépendants (SSI), cette limite ne correspond qu’à 4 plafonds de la Sécurité sociale, soit 162.096 euros en 2019. Pour les professions libérales, les choses sont encore plus compliquées car chaque caisse professionnelle fixe ses propres règles. Par exemple, les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes cotisent dans la limite d’un revenu correspondant à 5 plafonds (202.620 euros en 2019) ; les avocats cotisent dans la limite de 208.370 euros. Quant aux experts comptables, ils versent une cotisation forfaitaire qui est la même pour tous au-delà d’un certain niveau de revenu : cette cotisation est de 19.965 euros pour un revenu égal ou supérieur à 132.780 euros par an.

On comprend mieux pourquoi tous les actifs n’ont pas le même taux de remplacement, différence entre le dernier salaire et le montant de la pension - ce taux diminue à mesure qu’on grimpe dans l’échelle des revenus - et la raison pour laquelle il varie sensiblement d’une profession à l’autre. Quoi qu’il en soit, la réforme devrait réduire sensiblement les cotisations des mieux rémunérés.

Selon l’Institut de la protection sociale, les cotisations versées pour un cadre payé 200.000 euros par an devraient chuter de 17.968 euros, passant de 54.358 euros à 36.390 euros par an – part employeur et salarié. Mais en contrepartie, leurs droits à retraite diminueraient aussi, la retraite des hauts revenus dépendant plus encore qu’aujourd’hui de leur propre effort d’épargne (ou de celui de leur entreprise !).

Source : Nathalie Cheysson-Kaplan, capital.fr

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