France : Retraites : le dilemme du gouvernement

Dans une large coalition, syndicats, partis d’opposition et Gilets jaunes appellent à faire grève et à manifester le 5 décembre contre la réforme des retraites qu’Emmanuel Macron est déterminé à "conduire à bien". Une mobilisation qui s’annonce suivie dans les transports et fait resurgir le spectre de 1995.

Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup, disait l’ancienne patronne du PS Martine Aubry. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron – pierre angulaire de son quinquennat – entretient le flou au point qu’une large coalition de syndicats, de partis d’opposition et même de Gilets jaunes soupçonne que derrière la retraite universelle à points se cachent des loups qui mettraient à bas le système de retraite à la française et créeraient de nouvelles inégalités.

Changement de pied en août

Il est vrai que le gouvernement semble tergiverser depuis l’été. Les mois auparavant, le haut-commissaire à la réforme des retraites, l’expérimenté Jean-Paul Delevoye, avait mené de longues concertations qui avaient débouché sur la remise d’un rapport l’été venu. Dans celui-ci figurait notamment l’âge-pivot, astuce sémantique permettant de préserver la promesse présidentielle de ne pas toucher à l’âge légal de départ en retraite – véritable totem-tabou – et de permettre de différer l’âge de départ pour une retraite à taux plein. Alors que cet âge pivot semblait devoir cristalliser les colères syndicales et les négociations à venir, Emmanuel Macron avait surpris tout le monde lorsqu’en marge du G7 de Biarritz, fin août, il avait déclaré que "rien n’est décidé" et lâché "je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge…"

Depuis ce changement de pied spectaculaire, le gouvernement, en dépit d’une multitude de réunions avec syndicats et organisations patronales, et la multiplication de promesses de concertation, de négociation, d’aménagements, formulées tant par les ministres que le Président, ne parvient pas à provoquer autre chose que de l’anxiété chez les Français. Ces derniers sont perdus entre un éventuel âge-pivot, une "clause du grand-père" ou la prise en compte de la pénibilité, sans même parler de la réforme financière qu’il faudrait faire pour équilibrer le système actuel en 2025, comme le préconise le Conseil d’orientation des retraites (COR), ni même qu’elle sera la valeur du point, comment elle évoluera, etc.

À cette situation déjà compliquée s’ajoutent la coagulation de différentes colères (urgences puis hôpitaux, étudiants, policiers, sapeurs-pompiers, enseignants, agriculteurs… et la poursuite du mouvement des Gilets jaunes) et une communication gouvernementale pour le moins erratique et qui "n’imprime pas" dans l’opinion.
Philippe en première ligne

Le Premier ministre, Edouard Philippe, désormais en première ligne sur le dossier pour afficher sa "détermination", s’est dit mercredi "ouvert au dialogue" pour fixer les conditions de démarrage de la réforme, dont le projet de loi sera dévoilé après le 9 ou le 10 décembre pour une présentation au Parlement début 2020. Mais l’exécutif craint – comme une majorité de Fançais – "un mouvement de grande ampleur" le 5 décembre. Un "jeudi noir" qui pourrait donner le départ d’un mouvement de blocage du pays d’ampleur similaire à celui qui, en 1995, avait coûté sa place à Alain Juppé, resté "droit dans ses bottes .

RATP, SNCF, Air France, EDF, poids lourds, raffineries, enseignants, étudiants, policiers, éboueurs, avocats… les appels se sont multipliés, gonflés par les centrales CGT, FO, FSU, Solidaires – à l’exception de la CFDT –, des organisations lycéennes Fidl, MNL, UNL et étudiante Unef. Côté politique, PS, PCF, LFI vont participer, ainsi que le RN.

Dès lors, face à ce mur de contestation, Emmanuel Macron et son gouvernement se retrouvent face à un dilemme : réformer sans écouter ni rien changer et c’est le risque de l’escalade et du blocage ; reculer et c’est le risque pour le Président réformateur d’être ravalé au même rang que ses prédécesseurs qu’il a régulièrement accusés de n’avoir rien fait…

Il va pourtant bien falloir trancher, en se gardant bien de se que disait le cardinal de Retz : "on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment."

Source : ladepeche.fr

Tag(s) : #France

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