France : Retraites : les points durs qui bloquent le dialogue

Deux questions devraient s’imposer au menu des rencontres entre Édouard Philippe et les partenaires sociaux prévues lundi 25 et mardi 26 novembre : l’équilibre financier du système de retraite et le cas des régimes spéciaux. Tous s’opposent à d’éventuelles mesures d’économie qui précéderaient cette réforme.

L’ambiance s’annonce glaciale, tant les positions des uns et des autres se sont crispées en fin de semaine dernière. Au point même qu’on se demande quelle pourra bien être la teneur des discussions prévues lundi et mardi entre le premier ministre Edouard Philippe et l’ensemble des organisations syndicales et patronales. Si la CFDT, FO, la CFE-CGC et la CFTC ont décidé de répondre à l’invitation du premier ministre, la CGT devait réserver sa réponse jusqu’à lundi, le temps de consulter ses troupes.
42 régimes différents

Hormis la CFDT et la CFTC, toutes devraient réitérer leur opposition au principe même de création d’un système de retraite universel qui signifierait la fin des régimes spéciaux. La CFDT, elle, y est favorable car elle le juge potentiellement plus solidaire et plus solide qu’un système qui voit cohabiter 42 régimes différents.

En revanche, toutes les organisations syndicales – y compris la CFDT – se retrouvent sur un point : elles s’opposent fermement à toute mesure d’économie qui viendrait précéder cette réforme de fond, si elles prennent la forme d’un allongement de la durée du travail, que ce soit en instaurant un âge pivot ou un accroissement de la durée de cotisation

Édouard Philippe veut rééquilibrer le système

De son côté, Édouard Philippe a réitéré sa volonté de rééquilibrer financièrement le système de retraite avant l’entrée en vigueur du nouveau régime, prenant appui sur le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, qui a fait état d’un besoin de financement de 10 milliards d’euros à horizon 2025.

« Ce déséquilibre n’est pas dû à un dérapage des dépenses de retraite mais à une baisse des ressources liée en grande partie à la baisse de la masse salariale de la fonction publique, martèle une source syndicale. Ce n’est pas aux travailleurs de payer pour les choix du gouvernement en la matière. »
Pas de contacts prévus à la RATP et à la SNCF

Les positions entre les uns et les autres semblent, pour le moment, irréconciliables. De la même façon, plus personne ne croit vraiment à une sortie de crise possible à la RATP et à la SNCF avant le début du mouvement. Il n’y a d’ailleurs plus de contacts prévus entre le gouvernement et les fédérations de cheminots ou d’agents de la RATP, selon ces dernières.

« Je pense que les carottes sont cuites en ce qui concerne le dialogue social », regrette Didier Mathis, secrétaire général de l’Unsa Ferroviaire. « Je crains que le gouvernement ait choisi l’affrontement et qu’il négociera pendant ou après le mouvement », estime de son côté Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT cheminots, selon lequel seule une déclaration forte lundi du premier ministre pourrait encore changer la donne.
La clause du grand-père en question

Pour ces deux organisations, l’élément le plus fort qui pourrait débloquer la situation serait que le gouvernement accepte d’appliquer la « clause du grand-père ». Autrement dit, de ne pas changer le régime de retraite des cheminots aujourd’hui au statut avant l’entrée en vigueur de la réforme. En vertu de la loi ferroviaire de juin 2018, les salariés embauchés à la SNCF à partir du 1er janvier 2020 ne seront déjà plus au statut de cheminot et ne bénéficieront donc pas du régime spécial de retraite qui y est lié.

Selon une source proche du dossier, la direction de la SNCF aurait suggéré une solution intermédiaire au gouvernement : n’appliquer la réforme qu’à partir de la génération 1973, et non celle de 1963 comme prévu pour le reste des assurés. Plus de la moitié des conducteurs y échapperait alors, étant donné leur âge.
Surseoir à la réforme

La situation semble encore plus difficile à la RATP, où la « clause du grand-père » ne semble même pas en mesure de calmer les esprits, y compris à l’Unsa RATP, l’un des trois syndicats représentatifs avec la CFE-CGC et la CGT. Tous trois ont appelé à cesser le travail le 5 décembre.

« Notre syndicat fait rarement grève, reconnaît Frédéric Ruiz, président de la CFE-CGC RATP. Mais le gouvernement doit surseoir à sa réforme et lancer de vraies négociations pour chercher des améliorations au régime universel à points tel que l’imagine Jean-Paul Delevoye. »

Source : Emmanuelle Réju et Michel Waintrop, lacroix.com

Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :