France : Retraites : Macron et Philippe face au boulet du déficit

Le rapport du Conseil d'orientation des retraites commandé par le gouvernement confirme qu'il faut entre 8 et 17 milliards d'euros pour financer le système.

Pas de surprise dans le rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) demandé par le gouvernement. L'organisme, composé des partenaires sociaux, d'experts et de parlementaires, a chiffré le déficit du système entre 0,3 et 0,7 % du PIB à l'horizon 2025, soit quasiment les mêmes chiffres que son dernier rapport annuel de juin. Le besoin de financement en euros varie donc de 7,9 milliards à 17,2 milliards. Cette expertise avait été demandée en septembre par le gouvernement pour tenter de justifier des mesures de redressement financier avant la création de son régime universel en 2025.

Point positif, le creusement du déficit, bien réel, ne traduit pas une augmentation des dépenses de retraite non maîtrisée. « Quel que soit le scénario économique retenu, la part des dépenses de retraite dans le PIB en 2030 serait stable ou très proche de son niveau de 2018 », souligne le rapport consulté par Le Point. Cela s'explique « notamment par « les réformes entreprises depuis près de trente ans ». L'augmentation du ratio de retraités par rapport aux cotisants, qui va passer de 1,6 à 1,7 en 2030, est en fait compensée par une progression des pensions moyennes moins rapide que celle des revenus d'activité. En d'autres termes, le rapport entre la pension et le dernier salaire perçu va se dégrader. Les retraites sont en effet indexées sur l'inflation et non sur les salaires depuis la réforme Balladur de 1993...

Si les dépenses sont maîtrisées, pourquoi le déficit va-t-il se creuser par rapport à la situation actuelle ? À cause des recettes du système qui vont diminuer par rapport au PIB dans les 5 à 10 ans à venir. Cela s'explique notamment par la baisse du nombre de fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, qui vont partir à la retraite dans les prochaines années, ce qui va faire baisser les financements versés par les collectivités.
Baisser les pensions, augmenter les cotisations ou augmenter l'âge

Le gouvernement va, en tout cas, devoir dire quel est le montant des mesures qu'il envisage pour combler le déficit attendu d'ici à 2025-2030. 8 milliards ou 17 milliards ? Le chiffre de 17 milliards est fondé sur l'hypothèse que l'État, qui verse une subvention d'équilibres du régime de la fonction publique, va mécaniquement diminuer son financement au système de retraite dans les années à venir, avec la baisse attendue du nombre de fonctionnaires. Une hypothèse peu réaliste, car elle aboutit, souligne le Conseil d'orientation des retraites, à une situation paradoxale : « Plus les économies sont importantes en matière de rémunérations des agents publics, plus la masse salariale du secteur public se contracte et plus les ressources affectées au système de retraite sont faibles. Ainsi, la maîtrise des dépenses publiques à travers la maîtrise des rémunérations et de l'emploi dans la fonction publique se traduit (...) par des ressources moindres pour le système de retraite et, partant, à une dégradation du solde. » Le besoin de financement identifié se situe donc bien en dessous de 17 milliards d'euros.

Le Conseil d'orientation des retraites rappelle que, pour y remédier, le gouvernement n'a pas trente-six solutions, mais trois : baisser les pensions relativement au dernier salaire. Toucher les retraités, donc. Cela peut se faire, par exemple, en désindexant les retraites de l'inflation, comme cela a été le cas en 2019. La seconde solution consiste à augmenter les cotisations, ce qui risque de menacer la compétitivité des entreprises ou d'amputer le pouvoir d'achat des actifs. La dernière solution serait de retarder l'âge effectif de départ à la retraite. C'est précisément ce que veut faire le gouvernement. Et ce qu'il devrait faire s'il veut combler le déficit du régime actuel de retraite, avec ou sans grande réforme par la suite.

Plusieurs solutions pour repousser l'âge de départ

Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont répété plusieurs fois qu'ils voulaient équilibrer le régime de retraite d'ici à 2025 afin de faire démarrer le régime universel sur des bases saines. A priori, ils devraient utiliser le levier de l'âge effectif de départ, c'est-à-dire l'âge moyen de départ à la retraite constaté par génération.

Plusieurs solutions s'offrent à eux. Repousser l'âge d'ouverture des droits au-delà de 62 ans. Mais cela reviendrait à agiter un chiffon rouge. Le gouvernement pourrait donc décider d'augmenter le nombre de trimestres requis pour obtenir la retraite à taux plein plus vite que ce que prévoit déjà la loi Touraine de 2014 (cet âge est aujourd'hui de 41,75 ans, soit 167 trimestres). Une combinaison de ces deux mesures est théoriquement possible, ce qui serait plus efficace pour réduire le déficit mais serait sans doute très mal perçu.

Une alternative serait d'augmenter l'âge minimal du taux plein, c'est-à-dire l'âge à partir duquel on peut partir à la retraite sans décote même lorsque l'on a cotisé suffisamment longtemps. La référence à la durée de cotisation pourrait même disparaître, comme dans le régime universel envisagé par Jean-Paul Delevoye. L'âge minimum du taux plein augmenterait alors progressivement tandis que l'âge d'annulation de la décote (aujourd'hui 67 ans) baisserait progressivement pour tomber au même niveau, ce qui reviendrait à créer l'âge pivot du régime universel (envisagé à 64 ans en 2025, au démarrage du système).

Pour la CFDT, équilibrer le système par les seules mesures d'âge semble innacceptable. « Ça génère quand même des effets assez brutaux de déclage de deux mois ou un trimestre tous les ans contre un trimestre tous les trois ans pour la loi Touraine », souligne Fédéric Sève, le Monsieur Retraites du syndicat réformiste. Et de remarquer que les hausses de cotisations pour équilibrer le système semblent, elles, très absorbables... La discussion n'a pas encore véritablement démarré avec l'exécutif sur ce sujet. Le Premier ministre devrait y revenir la semaine prochaine, quand il va recevoir les partenaires sociaux à propos des retraites.

Source : Marc Vignaud, lepoint.fr

 

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