France : L'« âge pivot » n'a pas rempli ses objectifs pour la retraite complémentaire

Depuis janvier, les partenaires sociaux ont mis en place à l'Agirc-Arrco un nouvel âge de référence pour le taux plein, un an plus tard qu'auparavant, assorti d'une décote. Mais celle-ci n'étant que temporaire, cela n'a pas conduit à retarder les départs à la retraite pour l'instant.

Un nouvel âge de référence pour partir à la retraite, assorti d'une décote et d'une surcote, ça vous rappelle quelque chose ? Peut-être « l'âge d'équilibre » à 64 ans , dont l'instauration a été annoncée par le Premier ministre lors de  la présentation de sa réforme des retraites , mercredi. A moins qu'on ne parle de l'âge du « taux plein + un an », un dispositif créé par les partenaires sociaux en 2015 à l'Agirc-Arrco, et entré en vigueur en janvier 2019, en vue de modifier les comportements de départ à la retraite et d'économiser 500 à 700 millions d'euros par an en 2020 sur le régime complémentaire des salariés du privé.

Avec ce système, si les salariés du privé décident de partir plus tard pour ne pas subir une décote sur leur complémentaire-vieillesse, cela améliore aussi les comptes du régime de base. Or selon nos informations, l'âge pivot mobile de l'Agirc-Arrco sera quasi invisible pour la Caisse nationale d'assurance-vieillesse : moins de 100 millions d'euros d'économies sur 130 milliards de pensions versées. « L'impact reste infinitésimal, car l'âge du taux plein reste la référence pour les assurés », analyse-t-on côté Sécurité sociale. En somme, les travailleurs ne sont pas très motivés pour partir un an plus tard que le moment où ils ont à la fois dépassé 62 ans et cumulé la durée requise de cotisations de 167 trimestres.
Malus temporaire, ou viager

En 2015, l'administration a volontairement  tiré vers le haut les projections d'économies réalisées grâce à ce dispositif, en supposant que 10 à 15 % des affiliés modifieraient leur comportement. La direction générale du Trésor a été encore plus optimiste sur le sujet que l'Agirc-Arrco. Il s'agissait pour les partenaires sociaux de boucler un plan de redressement, et pour le patronat d'inscrire une « mesure d'âge » dont aucun syndicat ne voulait au départ. Pour que la CFDT accepte d'apposer sa signature, il a fallu réduire considérablement la portée de l'âge pivot.

Ainsi, l'impact n'est que temporaire pour le salarié : la décote de 10 % ne dure que trois ans, et la surcote, un an. De plus, quasiment la moitié des affiliés sont exemptés de cette mesure d'âge, parce qu'ils ont commencé à travailler tôt, souffrent d'un handicap ou d'une invalidité, ont de faibles revenus… Rien à voir avec l'âge d'équilibre du régime universel, qui sera accompagné d'un bonus et d'un malus à vie, qui sera donc beaucoup plus dissuasif (à l'instar de la décote actuelle pour ceux qui n'ont pas suffisamment cotisé). En outre, l'âge d'équilibre devrait a priori concerner beaucoup plus de monde.

Sur ce point cependant, le gouvernement ayant confié aux partenaires sociaux la responsabilité de négocier les modalités de mise en oeuvre de l'âge d'équilibre, s'ils le font, il est probable qu'ils introduiront des exemptions.

Enfin, l'âge d'équilibre sera d'autant plus efficace qu'il sera le même pour tous, et que cela sera la nouvelle référence universelle pour le taux plein, ce qui n'est pas le cas avec le dispositif Agirc-Arrco. « Nous avons surtout voulu remettre en évidence l'existence de la surcote, et laisser à chaque assuré la possibilité d'être acteur de sa retraite, d'arbitrer entre le temps et l'argent », nuance une source à l'Agirc-Arrco, qui appelle à la prudence sur le rendement de la mesure, qui n'a pas encore un an.

Source : Solveig Godeluck, lesechos.fr

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