France : Les femmes, «grandes gagnantes de la réforme des retraites», vraiment ?

C’est ce qu’a assuré Édouard Philippe en dévoilant ce mercredi le projet de réforme du gouvernement. Mais ce n’est pas si simple.

Édouard Philippe l'a martelé au cours de son allocution pour présenter le projet de réforme des retraites : « Les femmes seront les grandes gagnantes ». Aujourd'hui, les pensions des femmes sont inférieures de près de moitié à celle des hommes, comme l'a rappelé le Premier ministre. Il l'assure, avec le nouveau système, cela devrait changer. Mais les femmes vont-elles vraiment bénéficier de cette réforme?
La maternité « compensée à 100 % »

Selon Édouard Philippe, la maternité est l'une des principales causes des inégalités de pension entre les hommes et les femmes. Le système actuel prévoit une majoration de huit trimestres d'assurance-vieillesse en compensation d'un arrêt d'activité dû à la maternité et à l'éducation d'un enfant. Il prévoit également un bonus de majoration de 10 % pour chaque parent à partir du troisième enfant.

Le nouveau système propose de favoriser les parents dès le premier enfant avec une majoration des droits à la retraite de 5 % par enfant, dès le premier. Ces 5 % pourront être partagés entre les deux parents et seront par défaut attribué à la mère. Cette mesure, proposée par le Haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye est reprise telle quelle par le gouvernement.

Ce mercredi, Édouard Philippe a ajouté deux dispositions, qui selon lui permettront de « compenser la maternité à 100 % ». D'abord, pour ne pas défavoriser les parents de famille nombreuse, le Premier ministre propose d'ajouter aux 5 % de majoration par enfant, une majoration supplémentaire de 2 % (donc 7 %) à partir du troisième enfant.

Attention toutefois, avant ce troisième enfant, ces nouvelles bonifications remplacent purement et simplement l'ancien système de majoration de trimestres d'assurance-vieillesse. Et dans certaines configurations, a calculé le think tank IPS il y a quelques semaines, des femmes pourraient voir leur pension baisser.

À partir du 3e enfant en revanche, a assuré ce mercredi le Premier ministre, une mère de famille au foyer conservera également les bénéfices de l'assurance-vieillesse.
Les pensions de réversion uniformisées

Dans 9 cas sur 10, ce sont les femmes qui bénéficient d'une pension de réversion, à la mort de leur conjoint. Le projet de réforme présenté ce mercredi par le Premier ministre prévoit d'harmoniser les règles de réversion. Le nouveau système garantirait au conjoint survivant 70 % des ressources du couple, sans condition de ressources (contre 60 % maximum dans le système actuel).

Mais il n'a pas précisé à partir de quel âge cette pension pourra être reversée au conjoint survivant. Dans le rapport de Jean-Paul Delevoye, cela devait être à partir de 62 ans. Ce qui constitue un désavantage par rapport à l'ancien système, dans lequel certaines personnes pouvaient la toucher à partir de 55 ans. Autre élément à prendre en compte, il ne sera plus possible de cumuler plusieurs pensions de réversion, si l'on a été marié à plusieurs reprises.
Un « âge d'équilibre » à double tranchant

Aujourd'hui, 20 % des femmes sont contraintes de continuer à travailler jusqu'à 67 ans, âge d'annulation de la décote en cas de durée de cotisation insuffisante, contre 10 % des hommes. Selon le Premier ministre, l'établissement d'un « âge d'équilibre » ou « âge pivot » à 64 ans permettra de remédier à cette inégalité.

Les femmes qui n'auront pas assez cotisé pourront ainsi partir à la retraite « deux à trois ans plus tôt » qu'actuellement. Cependant, si les femmes ayant des carrières morcelées sont ici favorisées, celles qui ont une carrière complète pourraient en pâtir. Car sous cet âge d'équilibre, les futurs retraités subiront une décote. Ils seront donc obligés de travailler jusqu'à 64 ans au lieu de 62 ans.
Le futur minimum retraite

Enfin, Édouard Philippe assure que la revalorisation du minimum de retraite à 85 % du smic net (1000 euros) bénéficiera aux femmes, plus souvent sujettes aux faibles revenus. Mais cette mesure ne vaut que pour les carrières complètes, et beaucoup de femmes n'ont justement pas de carrière complète.

Le système de retraite par points, qui se propose d'être un reflet plus exact de la carrière, ne gommera donc pas les inégalités de carrière entre hommes et femmes.

Source : Adélaïde Tenaglia, leparisien.fr

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