France : Réforme des retraites : le pari risqué du gouvernement

En choisissant d’instaurer à partir de 2027 un système de bonus-malus autour d’un « âge d’équilibre » fixé à 64 ans, le gouvernent a introduit dans son projet une mesure qui rebute tous les syndicats, y compris la CFDT.

Il n’y aura ni vainqueur ni vaincu, a promis le premier ministre, Edouard Philippe, en présentant sa réforme des retraites, mercredi 11 décembre. Mais il va falloir qu’il compte avec les mécontents. L’universalité du système que veut mettre en place le gouvernement en faisant converger les 42 régimes actuels s’est traduite par un bel unanimisme des organisations syndicales et de l’opposition, de droite comme de gauche, qui ont rejeté catégoriquement le projet.

Si l’âge légal restera à 62 ans, le gouvernement souhaite instaurer à partir de 2027 un système de bonus-malus autour d’un « âge d’équilibre » fixé à 64 ans. Cette incitation à allonger la durée de cotisation constituait pour la CFDT une « ligne rouge » à ne pas franchir. Le gouvernement a passé outre, considérant qu’il était de sa responsabilité d’assurer la pérennité d’un système tendanciellement déficitaire. L’appel du pied à l’aile droite de son électorat est évident et fait fi des réticences de la centrale dirigée par Laurent Berger, qui estime qu’un tel système ne tient pas assez compte de la réalité de la carrière de chacun.

Désormais, l’exécutif se retrouve isolé en en assumant le risque politique, alors que la CFDT a appelé à des actions le 17 décembre, jour de la prochaine mobilisation contre la réforme, tandis que les mouvements de grève dans les transports sont reconduits. On ne voit pas comment le gouvernement pourrait briser ce front sans lâcher du lest sur la question de l’âge pivot.

Du coup, les concessions annoncées par Edouard Philippe sont passées au second plan. Elles ne sont pas tout à fait négligeables. La garantie d’une retraite minimum à 1 000 euros, des majorations pour les mères de famille, une cotisation de solidarité pour les plus riches sont autant de gestes pour améliorer l’équité du système actuel.

Un contenu et un contexte

A l’évidence, le gouvernement n’a pas répété la même erreur qu’avec la taxe carbone ou la hausse de la CSG affectant de manière indifférenciée les retraités, qui ont servi d’étincelle à l’explosion du mouvement de « gilets jaunes » il y a un an. Cette fois, l’exécutif a compris que, pour qu’une réforme ait une chance d’être acceptable, il est nécessaire d’offrir des garanties aux plus fragiles et des compensations aux perdants. De ce point de vue, il a tenu compte d’un certain nombre d’inquiétudes qui ont émergé ces dernières semaines.

Les enseignants apparaissaient comme les principales victimes ? Edouard Philippe s’est engagé à des revalorisations salariales censées compenser les pertes liées au nouveau mode de calcul. Certes, les régimes spéciaux sont voués à disparaître, mais de façon étalée, à partir de 2037. Quant à l’entrée dans le nouveau système, elle a été repoussée à la génération née en 1975. Enfin, le gouvernement a tenu à rassurer sur le mode de fixation du point de retraite, qui sera déterminé par les syndicats, sous le contrôle du Parlement, sans possibilité que sa valeur baisse.

Mais une réforme, c’est un contenu et un contexte. Celui-ci n’est pas porteur, à tout le moins. Le projet arrive tard dans un quinquennat qui a été marqué par une crise sociale inédite et des relations passablement détériorées entre l’exécutif et les syndicats. Le changement sociétal proposé par le gouvernement est-il audible dans un tel environnement ? Est-il encore possible de se projeter sur le long terme sereinement sans provoquer des oppositions ? Le gouvernement a choisi de jouer l’opinion contre les syndicats. C’est un pari qui plonge le pays dans l’incertitude.

Source : lemonde.fr

Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :