France : Réforme des retraites : Les seniors devront tenir jusqu’à l’âge-pivot à 64 ans, mais le pourront-ils ?


    Le Premier ministre a annoncé la mise en place d’un âge-pivot à 64 ans, permettant de partir en retraite sans malus à partir de 2027.
    Cette ambition pose question, alors que de plus en plus de seniors inscrits à Pôle emploi peinent à rester en activité.
    Selon le Conseil d’orientation des retraites, plus d’un quart des personnes âgées de 60 ans sont sans emploi et ne peuvent être en retraite.

Les seniors pourront-ils tenir jusqu’à l’âge-pivot ? La question est posée après la confirmation par le Premier ministre, mercredi dernier, que l’âge à partir duquel il ne sera pas possible de partir en retraite sans décote sera de 64 ans à partir de 2027. Redoutée par les syndicats, cette perspective bute sur les difficultés des seniors à retrouver du travail.

Et pour cause, depuis presque une décennie, les personnes âgées de 50 ans et plus, inscrites à Pôle emploi, ont quasiment triplé en nombre, passant de 482.900 en 2008 à 1.434.000 en 2019 (catégories A, B, C). Quant aux plus de 60 ans, ils sont aujourd’hui quinze fois plus nombreux à pointer au chômage, soit 330.000 personnes, contre 20.000 en 2008.

Exposés au risque de chômage

Pas de hasard dans cette explosion, directement liée aux différentes réformes (allongement de la durée de cotisation, fin des préretraites, arrêt de la dispense de recherche d’emploi…) qui se succèdent depuis les années 1990, et dont l’objectif est d’allonger la durée du travail des seniors. Avec la réforme de 2010, qui a décalé de 60 à 62 ans l’âge légal de départ en retraite, l’enjeu du maintien en emploi est devenu d’autant plus urgent.

La Cour des comptes l’a récemment rappelé : entre 2013 et 2018, « la baisse de la proportion des personnes à la retraite n’a été qu’en partie compensée par une hausse de l’emploi » des personnes de 59 à 62 ans. D’où « un risque croissant de trappe à pauvreté » pour des seniors dont le taux de retour à l’emploi, un an après l’inscription au chômage, descend à moins de 50 % passé les 50 ans.

Depuis que l’âge légal est fixé à 62 ans, le nombre de personnes âgées de 60 ou 61 ans allocataires du RSA socle, de l’allocation de solidarité ou de l’allocation adulte handicapé a bondi de 80.000, rappelle-t-on rue Cambon. Un problème qui reste d’actualité : à l’âge de 60 ans, entre 2016 et 2018, 28 % des personnes ne sont ni en emploi, ni à la retraite, a souligné le Conseil d'orientation des retraites.
Forte hausse du taux d’emploi

Pour autant, cette situation ne justifie pas forcément de freiner le train des réformes, selon certains économistes. « Il serait illusoire de penser qu’en augmentant l’âge de départ en retraite, on n’augmenterait que l’emploi. Même si l’on ne peut nier les sérieuses difficultés auxquelles les seniors font face, un petit nombre d’entre eux sera au chômage à moyen terme », assure Hervé Boulhol, économiste à l’OCDE et spécialiste des retraites. Avec le report à 62 ans de l’âge légal de la retraite, la probabilité d’occuper un emploi a progressé de 17 points pour les hommes et de 16 pour les femmes, et celle d’être au chômage s’est accrue de 7 et 6 points, selon les calculs de l’Insee. Au-delà de l’effet « réformes », l’explication est selon Hervé Boulhol économique : « En augmentant le nombre d’actifs, on augmente la capacité de production du pays, ce qui conduit à une hausse des revenus et du nombre d’emplois ; Le gâteau n’est pas figé », poursuit-il.

Il en veut aussi pour preuve l’évolution très positive de l’emploi des seniors sur le long terme, lié à la croissance et aux réformes, mais aussi à d’autres types de facteurs : hausse de l’activité des femmes, meilleure éducation, meilleure santé… Entre 2007 et 2018, le taux de 55-59 ans en emploi a augmenté de plus de 20 points, passant de 55,4 % à 77,2 %, selon l’Insee. Et parmi les 60-64 ans, il progresse de presque 15 points (de 15,7 % en 2007 à 29,2 % en 2017). « Dans la plupart des pays de l’OCDE, y compris en France, l’augmentation du taux d’emploi des seniors est remarquable, compte tenu du contexte de la crise financière », poursuit l’économiste.

Quant au taux de chômage des seniors, « il n’a pas augmenté depuis 2000 », analyse-t-il.
Un décalage inquiétant

« Il y a des partisans de l’effet dit d’horizon, qui estiment que le monde du travail va progressivement s’adapter aux nouvelles règles concernant le départ à la retraite. Mais cet effet est contredit par certaines réalités », réagit Serge Volkoff, chercheur au Centre d’études de l’emploi et du travail. Pour que les seniors ne soient pas exclus du travail, encore faut-il que les employeurs s’adaptent et que les salariés souhaitent travailler plus longtemps. « Si certains seniors vivent très bien leur travail et veulent continuer, d’autres ne le souhaitent pas et utilisent les dispositifs disponibles pour s’interrompre bien avant de pouvoir liquider leur retraite », poursuit ce spécialiste de la santé au travail.

Si l’âge effectif de départ en retraite augmente chaque année (63,4 ans en 2017), « il persiste un décalage entre l’arrêt de l’activité professionnelle et la liquidation des droits à la retraite », rappelle le spécialiste. En 2016, 40 % des assurés n’avaient pas validé de trimestres l’année même ou l’année précédant leur départ à la retraite, selon les données de la Caisse nationale d'assurance vieillesse.
Un âge de départ retardé, une santé de plus en plus dégradée

Une partie d’entre eux pointe à Pôle emploi, qui assure, à partir de 62 ans, un maintien de l’indemnisation jusqu’à pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. Une règle qui permet « des stratégies de gestion des ressources humaines dont le coût est supporté par l’assurance-chômage », a récemment estimé le Sénat dans un rapport, observant un « pic de ruptures » de CDI par licenciement ou rupture conventionnelle en 2012.

Mais une partie de ces ruptures reste liée à l’usure au travail. « Un licenciement pour inaptitude peut être une décision consentie entre l’employeur, le salarié et la médecine du travail, qui peut considérer que cela va moins nuire à sa santé que de rester en emploi », observe Serge Volkoff. Une réalité à ne pas négliger : plus l’âge à la retraite est retardé, plus la santé risque de se dégrader.

Source : Catherine Abou El Khair, 20minutes.fr

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