France :  Réforme des retraites: pourquoi la CFDT s'oppose à l'âge pivot à 64 ans

Laurent Berger, le secrétaire général du premier syndicat de France, considère cette mesure d'âge comme un chiffon rouge polluant une réforme qu'il approuve dans ses grandes lignes. Une critique d'autant plus audible qu'avec la réforme Touraine, l'âge effectif moyen de départ à la retraite sera supérieur à 64 ans en 2027.

Le gouvernement assure être ouvert à la négociation sur la question de l’âge pivot progressivement imposé à partir de 2022 à tous les salariés nés après 1959.  C’est le maintien de cette mesure à effet quasiment immédiat qui a provoqué la colère du secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Le premier syndicat de France approuve sinon dans les grandes lignes la nouvelle version de la réforme des retraites présentée mercredi par Edouard Philippe.

Hormis les enjeux politiques, on peut se demander pourquoi l’exécutif est aussi inflexible sur ce sujet. En effet, quand on regarde l’âge de départ effectif à la retraite, force est de constater que depuis dix ans, il ne cesse d’augmenter. En 2008, les salariés qui avait assez cotisé pour avoir droit à une retraite à taux plein, partaient en moyenne à 61 ans et huit mois. Et en 2018, l’âge moyen était proche de 63 ans et cinq mois.

En 2027, l'âge moyen effectif de départ devrait atteindre 64 ans et demi

Rien de surprenant à cela. Avec la réforme Touraine le nombre de trimestres qu’il faut avoir travailler pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein augmente progressivement. Or cet allongement va continuer à produire ses effets à l’avenir, puisqu’à terme, elle concernera tous les salariés nés avant 1974. De telle sorte que si l’on projette la tendance observée sur les dix dernières années, en 2027, l’âge moyen pour ceux qui partent avec un taux plein devrait avoir atteint 64 ans et demi. Plus donc que l’âge pivot souhaité par le gouvernement.

La création de malus pour ceux qui partent avant et de bonus pour ceux qui partent après, devraient simplement pousser des salariés de 62 ou 63 ans qui ont déjà tous leurs trimestres à travailler plus longtemps pour continuer à pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. Avec, à la clé, probablement plus de cotisants et moins de nouveaux retraités.
Décote et malus: des pensions doublement réduites?

L’instauration d’un âge pivot à 64 ans aura aussi un impact financier pour les actifs qui prennent leur retraite sans avoir cotisé assez de trimestres. Aujourd'hui, ils ont déjà une retraite amputée, une décote s’applique à leur pension en fonction du nombre de trimestres manquants. Donc un chômeur en fin de droits qui n'a pas tous ses trimestres, mais qui est obligé de prendre sa retraite à 62 ans pour disposer d'un revenu plus digne que les minimas sociaux se verrait doublement pénalisé avec une décote et un malus.

Pour justifier cette mesure d’ordre budgétaire, le gouvernement invoque le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites. Ses experts estiment que l’actuel système accusera entre 8 et 17 milliards d’euros de déficit en 2025.

Sans nier ces estimations, la CFDT rappelle que dans ce document il est aussi écrit que l’évolution du coût des retraites n’est pas en cause dans ce déficit.

    "La part des dépenses de retraite dans le PIB (13,8%) restera stable à l’horizon 2025, quel que soit le scénario économique retenu. Il n’y a pas de problème de dépenses en matière de retraites. Les dépenses de retraite ne dérivent plus comme dans les années 1990-2000. Elles sont désormais maitrisées, grâce aux efforts passés des travailleurs. Les dépenses sont en adéquation avec la richesse nationale. En conséquence, nous avons les moyens de financer nos retraites pour les prochaines décennies".

L'Etat n'a pas compensé des exonérations de cotisations

Les retraites ne vont donc pas coûter plus cher aux actifs. En revanche, les ressources vont se tarir. Et la cause de cette baisse des moyens financiers permettant de payer les pensions des retraités, est liée à des décisions prise par ce gouvernement. En baissant le nombre de fonctionnaires, le nombre de cotisants va mécaniquement baisser. Et une partie des mesures prises pour redonner du pouvoir d’achat aux Français ont entraîné une baisse des cotisations sociales. Il s’agit par exemple des heures supplémentaires sur lesquelles les salariés ne paient plus de cotisations.

Jusqu’alors, l’Etat compensait ce manque à gagner pour les caisses de l’assurance vieillesse. Mais cette année, cette tradition a été rompue. Donc pour la CFDT, la solution pour équilibrer les comptes ne peut pas être d’imposer une mesure d’âge injuste aux salariés qui sont à quelques années de la retraite. A moins que l’incitation à cotiser plus longtemps ne soit que positive. Avec un bonus pour ceux qui travaillent au-delà de 64 ans mais aucun malus pour les autres.

Source : Pierre Kupferman, bfmtv.com

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