France : Retraites des agriculteurs, l’enjeu des 1 000 euros

Outre la FNSEA, majoritaire, les syndicats ne sont pas convaincus par les annonces du Premier ministre.

«Un vrai progrès social pour les agricultrices et les agriculteurs.» Recevant jeudi les syndicats de paysans, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, leur a vanté les mérites de la réforme des retraites annoncée la veille par Edouard Philippe. La main sur le cœur, le Premier ministre a «garanti» mercredi aux «oubliés du système» que sont les agriculteurs une «pension minimale de 1 000 euros net par mois pour une carrière complète au smic». Vivre avec 1 000 euros, un progrès social, vraiment ? Pas si sûr. Mais la FNSEA prend déjà ça. Elle a illico qualifié cette disposition, applicable «à compter de 2022», de «bonne nouvelle, puisque la date initialement prévue était 2025». Estimant la réforme «ambitieuse pour l’avenir», le syndicat majoritaire a simplement regretté que celle-ci «oublie les retraités agricoles» actuels, et rappelé que «la revalorisation des retraites à 85 % du smic est indispensable pour l’ensemble des retraités actuels de la métropole et d’outre-mer». L’exécutif peut donc souffler : le syndicat agricole le plus puissant n’est pas près de demander à ses troupes de bloquer les routes au moyen de tracteurs.

«Indignes»

 Reste que les autres syndicats du secteur ne sont, eux, pas satisfaits du tout. Pour la Coordination rurale, la réforme dévoilée mercredi est «profondément injuste, signe d’un manque de considération […] envers les agriculteurs». Et ce syndicat de souligner que la promesse de retraites minimales à 1 000 euros, présentée comme une avancée majeure qui correspond à 85 % du smic, est en réalité «issue d’une loi de 2003 mise en application pour les salariés en 2009, mais sans cesse repoussée (2019 puis 2020 et maintenant 2025) pour les non-salariés agricoles [NSA, ou anciens exploitants, ndlr] !» Outre cette promesse non tenue, annoncée en 2003 par… Jean-Paul Delevoye lui-même, alors ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’Etat et de l’Aménagement du territoire, comme le remarquait mardi le site d’information en ligne Basta mag, le gouvernement d’Edouard Philippe a bloqué en 2018 une proposition de loi revalorisant les faibles pensions agricoles. Celles-ci sont aujourd’hui «indignes», rappelle la Confédération paysanne : «930 euros pour les hommes et 670 euros pour les femmes, et encore pire en outre-mer avec 350 euros en moyenne».

Avec la condition ajoutée mercredi par le Premier ministre - «une carrière complète au smic» -, pas sûr que les «oubliés du système» s’en tirent mieux qu’avant. Car dans la production agricole, les revenus varient fortement d’une année sur l’autre, les carrières sont souvent courtes et hétérogènes, et selon l’Insee, 22,1 % d’agriculteurs vivaient en 2016 sous le seuil de pauvreté, soit 1 041 euros mensuels.

«Parcours»

 «La moitié des paysans d’aujourd’hui cessera son activité dans les dix ans et viendra grossir les rangs des retraités agricoles aux pensions dérisoires», s’alarme la Confédération paysanne, pour qui «le compte n’y est toujours pas» avec les propositions dévoilées mercredi. Et demande une «hausse immédiate» des retraites les plus faibles pour atteindre 85 % du smic, une retraite plancher «quel que soit le parcours professionnel» et un plafonnement des plus grosses pensions. Décidément pas sur la même ligne que la FNSEA, il appelle à «poursuivre la mobilisation» contre la réforme des retraites, «aux côtés des travailleurs et travailleuses qui luttent pour plus d’égalité».

Source : Coralie Schaub, liberation.fr

 

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