France : Système de retraites : ferons nous mieux que nos voisins européens ?

Tous les pays ont depuis 30 ans entrepris des réformes dites paramétriques. La France n'y a pas coupé mais elle s'apprête maintenant à passer à une réforme systémique. La Suède et l'Italie l'ont fait mais leur modèle n'est pas si convaincant. La France peut-elle trouver la bonne formule ?

Depuis les années 80 , tous les pays européens doivent faire face aux même défi démographique du vieillissement de leur population.  L'INSEE dénombrait dans la France de 1970, 3 actifs pour un retraité quand il ne compterait plus qu'1,4 actif pour un retraité en 2050. Même si le taux de natalité dans l’hexagone est bien meilleur que dans la plupart des pays européens et à limité le niveau d'urgence des reformes, il ne suffira pas à éviter un taux de dépendance démographique , taux qui devrait presque doubler dans les 35 prochaines années selon l'OCDE. Tous les pays ont depuis 30 ans dû entreprendre des réformes dites paramétriques qui principalement visaient à allonger la durée de cotisations , reculer l'âge de départ à la retraite ou augmenter les cotisations. La France n'y a pas coupé mais elle s'apprête maintenant à passer à une réforme systémique. Quelques pays européens ont choisi cette option, en mettant en place des régimes en comptes notionnels ou régime à points : c'est le cas de la Suède et de l'Italie. Il s'agit bien toujours de régimes obligatoires par répartition mais que l'on nomme universel qui s'applique à chaque assuré selon les mêmes règles en dépit de son statut.

Pour les détracteurs de cette réforme , notre système actuel est l'un des meilleurs au monde , il peut certes être amélioré pour les femmes notamment aux carrières hachées mais il est aujourd'hui l'un des plus protecteurs d'Europe. C'est la position notamment de la CGT.  Pour les partisans de la future réforme systémique, elle devrait réduire les inégalités et apporter de la lisibilité au système.
Le système de retraite français : ses points forts

Selon le dernier rapport publié le 27 novembre 2019 par l'OCDE le système des retraites en France se distingue en effet des autres pays développés par tout d'abord son taux de remplacement. C'est à dire par la part conservée des revenus d'un salarié lorsqu'il part à la retraite , soit 74%. Ce taux de remplacement est de 65% en Italie , 48 % est en Allemagne ou encore 28% au Royaume Uni. La France fait aussi partie des exceptions avec l'Espagne en matière des 25 meilleures années de carrière comme base de calcul. Une formule qui explique aussi le taux de remplacement plus avantageux dans ces deux pays. Enfin l 'âge légal de départ à la retraite en France est de 62 ans  contre 65 et 7 mois en Allemagne ou encore 67 ans en Italie.

La Suède : 20 ans après

Il aura fallu 10 à 15 ans de concertation en Suède pour mettre en place le nouveau système à points. Cela n'a pas été facile et de nombreuses fois ajourné pour finir par être décidé à huit clos par un groupe d'experts et de représentants politiques. Loin d'avoir été décidée par un large consentement citoyen, la solution a finalement été trouvée sous la menace de la crise financière et de l' effondrement du système. 20 ans après, le bilan est mitigé. Selon Eurostat , 16,1% des Suédois de 65 ans et plus sont menacés par la pauvreté, contre 9,5% des seniors français, malgré un minimum vieillesse versé à tous les habitants de plus de 65 ans d'environ 750 euros. La Suède à également adopté un âge pivot , il est actuellement de 65 ans et doit passer à 67 ans en 2026. Plus vous partez tard , plus votre pension sera élevée mais partir plus tôt vous condamne à une pension plus faible. Le fameux bonus malus dont veut s'inspirer le gouvernement Macron.

La véritable faiblesse de ce système réside dans la valeur du point. Le montant des points cotisés tout au long de la carrière peut évoluer en fonction des résultats économiques du pays. Il a baissé à trois reprises , 2010 , 2011 et 2014.    En Suède, contrairement au projet français, le système «général» à points est accompagné de deux autres volets. D’une part, 2,5 % du salaire annuel peut être investi au choix auprès de l’Etat ou dans des fonds privés. De l’autre, une forme de retraite complémentaire est négociée par les syndicats selon les branches et permet en partie de compenser la faiblesse du régime général.  Pour calmer la colère des Suédois, le Parlement a voté en octobre dernier l’augmentation des retraites les plus faibles pour 2020 et notamment celles des femmes qui sont les grandes perdantes de système suédois.
Vers un modèle suédois amélioré ?

Depuis la mise en place de ce système notionnel , le sujet continue de diviser la population suédoise. Les puissantes organisations de retraités du pays réclament non seulement le retrait de la disposition qui permet de baisser la valeur du point mais également l'indexation sur les salaires et non sur l'inflation. Il y a 20 ans le système avait été imaginé pour assurer un taux de remplacement d'environ 60% du dernier salaire soit le même taux qu'offrait l'ancien système, aujourd'hui ce taux à chuté à 45 %.

Malgré tout le système suédois reste une source d'inspiration pour le gouvernement Macron, qui ambitionne d'en gommer les défauts, comme par exemple " graver la valeur du point acquis dans le marbre de la loi" assurait dans son discours du CESE le premier ministre Edouard Philippe ou encore indexer les pensions sur les salaires.  Le premier ministre a beau assurer également que les femmes seront les grandes gagnantes du système universel des retraites grâce à de nouveaux droits de la famille, de nombreux experts doutent encore que cette réforme soit un bon choix pour notre pays. Un pays qui rappelons le ne connais pas comme l'Europe du nord le plein emploi mais un taux de chômage encore élevé et notamment des seniors avec une politique de formation encore très faible qui ne permet pas de reconvertir les salariés en emploi pénible.

Source : Marie Viennot, franceculture.fr

Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :