France : Retrait de l'âge pivot : quelles solutions pour l'équilibre financier des retraites?

 "La conférence de financement" voulue par le gouvernement doit permettre de trouver d'ici avril des pistes de financement. Les syndicats ont présenté leurs idées.

Sur l'âge pivot, il a fait un premier pas envers les syndicats, mais leur demande en contrepartie de trouver une autre solution pour financer les retraites. Au lendemain d'un week-end marqué par l'annonce, par le Premier ministre, d'un retrait de l'âge pivot du projet de loi sur la réforme des retraites, Edouard Philippe a en effet proposé une conférence sur l'équilibre et le financement du système.  

Cette conférence, qui doit être mise en place dès la fin janvier, doit permettre de réunir syndicats et patronat, afin de trouver un accord, d'ici fin avril, sur la façon de remettre les comptes dans le vert. Faute d'accord, le gouvernement "prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l'équilibre en 2027 et financer les nouvelles mesures de progrès social" a annoncé le Premier ministre. Le but, in fine, étant de dégager 12 milliards d'euros en 2027, pour ne pas créer de déficit.  

Pour les partenaires sociaux et le patronat, la tâche s'annonce ardue. Si les syndicats eux-mêmes présentent des visions différentes sur le futur des retraites, le gouvernement a assuré qu'il ne souhaitait ni baisse des pensions de retraite, ni une "hausse du coût" du travail. Ce qui laisse une marge de manœuvre étroite.

La CGT explique à L'Express que la question de sa présence à cette conférence est "en cours", dénonçant une assemblée "très corsetée, notamment sur le coût du travail, qui ne peut pas augmenter, c'est-à-dire pas d'augmentation des cotisations". L'organisation estime que cette conférence est une "manoeuvre de diversion face à la mobilisation".  

Pour les syndicats dits "réformistes", plusieurs options se dessinent d'ores et déjà, elles sont généralement cumulables. L'Express fait le point sur ces pistes de financement.

L'utilisation de la "réserve" des retraites

Évoqué par la CFTC et la CFDT notamment, le recours au "Fonds de réserve pour les retraites". Ce fonds créé pour amortir le choc du papy-boom fonctionne à la manière d'un fonds de pension. Il représentait, en juin 2019, un solde de plus de 32 milliards d'euros, et doit permettre la "soutenabilité financière" du système de retraite. Le premier secrétaire de la CFDT, Laurent Berger, a argué "qu'il est sans doute en partie fait pour cela". 

 Le Premier ministre, Edouard Philippe, et le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, se serrent la main à Matignon le 25 juillet 2017.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, et le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, se serrent la main à Matignon le 25 juillet 2017.

AFP
"La conférence de financement" voulue par le gouvernement doit permettre de trouver d'ici avril des pistes de financement. Les syndicats ont présenté leurs idées.

Sur l'âge pivot, il a fait un premier pas envers les syndicats, mais leur demande en contrepartie de trouver une autre solution pour financer les retraites. Au lendemain d'un week-end marqué par l'annonce, par le Premier ministre, d'un retrait de l'âge pivot du projet de loi sur la réforme des retraites, Edouard Philippe a en effet proposé une conférence sur l'équilibre et le financement du système.  

Cette conférence, qui doit être mise en place dès la fin janvier, doit permettre de réunir syndicats et patronat, afin de trouver un accord, d'ici fin avril, sur la façon de remettre les comptes dans le vert. Faute d'accord, le gouvernement "prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l'équilibre en 2027 et financer les nouvelles mesures de progrès social" a annoncé le Premier ministre. Le but, in fine, étant de dégager 12 milliards d'euros en 2027, pour ne pas créer de déficit.  

Pour les partenaires sociaux et le patronat, la tâche s'annonce ardue. Si les syndicats eux-mêmes présentent des visions différentes sur le futur des retraites, le gouvernement a assuré qu'il ne souhaitait ni baisse des pensions de retraite, ni une "hausse du coût" du travail. Ce qui laisse une marge de manoeuvre étroite.

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La CGT explique à L'Express que la question de sa présence à cette conférence est "en cours", dénonçant une assemblée "très corsetée, notamment sur le coût du travail, qui ne peut pas augmenter, c'est-à-dire pas d'augmentation des cotisations". L'organisation estime que cette conférence est une "manoeuvre de diversion face à la mobilisation".  

Pour les syndicats dits "réformistes", plusieurs options se dessinent d'ores et déjà, elles sont généralement cumulables. L'Express fait le point sur ces pistes de financement.
L'utilisation de la "réserve" des retraites

Évoqué par la CFTC et la CFDT notamment, le recours au "Fonds de réserve pour les retraites". Ce fonds créé pour amortir le choc du papy-boom fonctionne à la manière d'un fonds de pension. Il représentait, en juin 2019, un solde de plus de 32 milliards d'euros, et doit permettre la "soutenabilité financière" du système de retraite. Le premier secrétaire de la CFDT, Laurent Berger, a argué "qu'il est sans doute en partie fait pour cela".  

Cette initiative est également soutenue par l'Unsa, qui y voit aussi une solution toute trouvée pour financer le nouveau système universel voulu par Emmanuel Macron. "Il ne s'agit pas de dilapider ce fonds", explique-t-on à la CFTC, mais "ce fonds a été pensé pour passer le cap du papy-boom, il y a donc une raison de l'utiliser".  

Ce fonds est tout de même à rapporter aux dépenses engagées par les retraites, qui avoisinaient les 325 milliards en 2018, et ce alors que le déficit du système s'accroît. Lundi, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, assurait au micro d'Europe 1 être prête "à examiner la possibilité de mobiliser ponctuellement les fonds de réserve". 

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, lui, ne souhaite "pas qu'on pioche" dans ce trésor de guerre mais n'exclut pas "qu'on prenne éventuellement les intérêts" générés par leur placement sur les marchés financiers.
Contribution supplémentaire sur les hauts revenus

Autre solution proposée par la CFDT : la mise en place d'une contribution supplémentaire sur les hauts salaires. Invité de RTL lundi, Laurent Berger a estimé que l'on pourrait aussi "très bien imaginer dans le futur système universel (...) qu'il y ait une contribution supplémentaire sur les hauts salaires. Il s'agit de voir comment".  

Cela peut passer, selon l'Unsa, par la mise en place d'une cotisation "déplafonnée", supérieure au 2,81% prévus dans le cadre du projet de loi de réforme des retraites. Elle toucherait les actifs gagnant plus de 10 000 euros par mois, et cette cotisation toucherait la part de leur revenu dépassant les 10 000 euros, évoque le site Capital.

L'utilisation d'une partie de la CRDS

Une autre piste dans ce "cocktail de mesures", tel que le décrivent plusieurs syndicats considérés comme "réformistes", celle de la Contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS).  

Cet impôt est destiné à résorber l'endettement de la sécurité sociale. La CRDS est prélevée sur les salaires, mais aussi sur les revenus qualifiés de "remplacement", comme les retraites. Elle devait disparaître en 2024, mais la CFTC, tout comme l'Unsa, proposent un allongement pour financer le système des retraites.  

La CFDT estime, elle, que ce prélèvement devrait être gardé "pour une autre question extrêmement importante pour notre société, qui est la prise en charge de la dépendance".  

Pour Cyril Chabanier, président de la CFTC, la CRDS pourrait servir aussi bien à la dépendance qu'aux retraites : "On pourrait récupérer cet argent pour financer la dépendance, mais aussi une partie aussi pour financer le déséquilibre, et renflouer les caisses de retraite".

Enfin, d'autres pistes sont encore à l'étude au sein des centrales. Des "pénalités financières sur les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations sur la pénibilité, évoque la CFTC, mais aussi des pistes plus ambitieuses, comme l'augmentation des charges patronales. "Il faut que l'on réussisse, ce rendez-vous important en avril est l'enjeu des organisations réformistes et du gouvernement, mais il faut que cette conférence soit utile" tranche Cyril Chabanier. 

Face au spectre de la réforme de l'assurance chômage, les organisations syndicales se montrent à l'écoute. Il faudra désormais trouver un accord avec le patronat.

Source : Valentin Ehkirch, lexpress.fr

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