France : Retraite par capitalisation : des pensions 10 fois supérieures ?

Une note publiée par Natixis indique que pour chaque euro cotisé depuis le début des années 1980, un système de retraite à 100% par capitalisation aurait rapporté 21,90 euros contre 1,90 euro en répartition. Une manière théorique de montrer que la France pourrait peut-être profiter davantage des marchés.

La polémique prêtant une influence au gestionnaire d’actifs américain BlackRock dans l’élaboration de la réforme des retraites est aussi le procès de la capitalisation. En France, le système est dit de “répartition” depuis 1941. Cela veut dire que les cotisations actuelles des salariés servent à financer les pensions des citoyens retraités, au même moment. Chaque actif y contribue, jusqu’au plafond de 320.000 euros brut par an. À partir de ce niveau de salaire (qui devrait être abaissé à 120.000 euros après la réforme), il n’est plus possible d’ouvrir des droits supplémentaires à la retraite. Pour se constituer une retraite comparable à son niveau de vie, l’actif aisé doit donc se tourner vers des solutions dites de “capitalisation”, comme l’épargne-retraite. Il peut également se tourner vers l’immobilier, l’assurance-vie, etc. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que la quasi-intégralité du système de retraite obligatoire français est géré par répartition.

Selon une note publiée le 2 janvier par Natixis, la filiale d’investissement du groupe bancaire BPCE, si la France avait fait le choix du 100% capitalisation au début des années 1980, les retraités auraient de bien meilleures pensions aujourd’hui. Selon Natixis, chaque euro cotisé aurait donné droit à 21,90 euros de pension en capitalisation, contre 1,93 euro en répartition. Pour arriver à cette conclusion, Natixis a étudié le rendement moyen d’un portefeuille égalitairement réparti entre des obligations (bons du trésor France sur 10 ans) et des actions en France (indice boursier du CAC) sur la période 1982-2019. “Le coût d’avoir eu, depuis 40 ans, seulement de la retraite par répartition en France est donc considérable”, déclare Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis. À noter qu’aucun système de retraite dans le monde n’a choisi la capitalisation à 100%.

Un rendement exceptionnel qui s'explique aussi par la hausse artificielle de la Bourse

Cette différence de rendements s’explique par la baisse des taux d’intérêt à long terme, qui a accru le rendement des obligations, ainsi que par la hausse des cours boursiers et la hausse de la profitabilité des entreprises. Autant de chiffres dans le vert qui doivent être pondérés, comme le souligne l’économiste Alexandre Delaigue sur Twitter : “La Bourse monte de manière totalement artificielle à cause des politiques des banques centrales”. Selon lui, “le problème étant que si on retire les 10-15 dernières années, il ne reste plus grand chose de la hausse”. Il évoque ainsi les injections massives de liquidités sur les marchés pour endiguer les récentes crises financières et dont de nombreux experts redoutent les effets à moyen terme.

Nicolas Marques, directeur général du think tank libéral Molinari, plaide quant à lui pour introduire une dose supplémentaire de capitalisation dans le système français : “Si nous étions dans la moyenne de l’OCDE, nous aurions mis de côté 67% du PIB en plus pour la retraite. Ces capitaux généreraient chaque année 2,6% du PIB en dividendes et plus-values.”

Au Royaume-Uni, par exemple, la pension par répartition existe aussi mais son montant maximal est tellement faible (environ 10.500 euros par an) qu’il est indispensable d’opter pour une solution d’épargne supplémentaire, en prévision des vieux jours. La retraite “publique” ressemble ainsi davantage à un minimum vieillesse. Ainsi, les Britanniques sont nombreux à s’adresser à des fonds de pension privés et choisissent souvent la part qu’ils souhaitent investir et le style d’investissement en fonction de leur appétence au risque. Aux Pays-Bas, en Suisse ou aux États-Unis, la part d’épargne privée a également toujours été très importante.

Source : Grégory Raymond, capital.fr

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