France : Retraites : pour les manifestants, le retrait provisoire de l’âge pivot ne change rien

Les milliers de manifestants qui ont défilé ce samedi dans Paris exigent toujours le retrait de la réforme des retraites. Les syndicats CGT, FO, la FSU, Solidaires et la CFE-CGC appellent à amplifier le mouvement.

Le « coursier » de Matignon est finalement arrivé, peu avant 16 heures ce samedi. Dans sa besace, les deux pages de la lettre d'Édouard Philippe aux partenaires sociaux. Le Premier ministre y annonce être disposé à retirer provisoirement l'âge-pivot de 64 ans du projet de loi sur la réforme des retraites tout en conservant le principe d'un âge d'équilibre.

Sitôt la nouvelle connue, au sein de la manifestation parisienne organisée pour cette cinquième journée d'action contre le projet de retraite universelle, les responsables syndicaux s'accrochent à leurs téléphones portables… Philippe Martinez en tête. « Il ne s'exprimera pas tout de suite, balaie un militant de la CGT, son brassard rouge de chargé de la sécurité autour du bras. Il doit d'abord prendre connaissance de la lettre ».

Le piège de l'âge pivot

Après cinq semaines de conflit, le moment est important. En effet, chez les opposants à la réforme des retraites par points, on a depuis longtemps flairé le piège du débat sur l'âge pivot. « Cela permet de diviser les syndicats, analyse ce militant de Solidaires. La CFDT et l'Unsa en ont fait une ligne rouge, un préalable pour arrêter le mouvement. Si le gouvernement leur accorde, ils sortent. Mais sur le terrain, ça ne change rien. Les manifestants qui sont là, dans la rue, âge pivot ou pas, ils s'en foutent. Ils veulent que cette réforme de retraite soit abandonnée, c'est tout. »

Un regard à gauche, un autre à droite, suffit pour s'en convaincre. « La réforme à points ! Mon poing dans ta gueule », brandit ce manifestant. « Retraite universelle, précarité pour tous », scande cet autre. À bout de bras, plusieurs militants de la CGT exhibent d'imposantes photos de Français, qui résument, selon eux, ce que va entraîner cette réforme. On y voit « Josette, 85 ans, web designer », devant son ordinateur. « Serge, 70 ans, pompier », dans son uniforme de soldat du feu. Ou encore, « Micheline, 68 ans, coach sportif », avec des haltères dans les mains. Bref, des salariés en âge de prendre leur retraite et qui travaillent encore.
Une mobilisation en recul par rapport à jeudi

Un peu à l'écart, sur le trottoir, un manifestant, les cheveux blancs, exhibe cette affiche : « CRS - Policiers, je lutte aussi pour vos retraites, hélas ! » Des forces de l'ordre, encore une fois mises à contribution face à des casseurs. Des devantures de banque brisées et l'intérieur pillé. Des poubelles brûlées et du mobilier urbains détruits. Selon l'AFP, sept personnes ont été interpellées pour une manifestation qui a rassemblé, à Paris, 21 000 personnes d'après le ministère de l'Intérieur, 150 000 estime la CGT. Des chiffres en net recul par rapport à jeudi, où l'on a compté 370 000 manifestants selon la CGT et 56 000 selon le ministère de l'Intérieur.

Finalement, c'est par un communiqué que l'intersyndicale formée de la CGT, FO, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et trois organisations de jeunesse, a réagi dans la soirée : « Suite aux annonces d'aujourd'hui ( NDLR samedi ), non seulement l'âge pivot n'est pas retiré, mais en plus le Premier ministre confirme sa détermination à reculer l'âge de départ à la retraite en refusant toute augmentation de cotisation sociale », écrivent-ils. Ces syndicats appellent tous les salariés à poursuivre le mouvement, notamment par la grève. Des nouvelles journées d'action sont prévues les 14, 15 et 16 janvier.

Source : Vincent Vérier, leparisien.fr

Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :