France : Retraites: syndicats et patronat ont 3 mois pour trouver 12 milliards

Le gouvernement a réuni jeudi les partenaires sociaux pour lancer la conférence chargée de ramener le système de retraite à l'équilibre financier d'ici 2027, dans un "calendrier serré" et selon un cadre précis sur lesquels Edouard Philippe a de nouveau insisté.

Évoquant des discussions qui se sont tenues dans "une assez grande sérénité", malgré la présence de syndicats hostiles à la réforme, le Premier ministre a assuré avoir "bon espoir" qu'un "compromis" soit trouvé à l'issue de la conférence de financement, fin avril.

Outre l'équilibre financier de l'ensemble des régimes de base en 2027, l'objectif de la conférence de financement sera également de "formuler des recommandations sur la gestion financière du système dans le long terme", a précisé le chef du gouvernement.

Après deux heures de réunion au Conseil économique, social et environnemental, il a annoncé qu'il recevrait les partenaires sociaux la semaine du 10 février à Matignon pour un "point d'étape" sur les questions de pénibilité, de transition d'un régime à l'autre, de minimum de retraite et de fin de carrière, actuellement en discussions dans les différents ministères (Emploi, Santé, Fonction publique, Retraites).

Quel que soit le résultat de la conférence de financement, il est déjà prévu que le gouvernement prenne, dans les trois mois suivant le vote de la loi, une ordonnance "pour rétablir cet équilibre". A cette fin, le texte autorise l'exécutif à modifier certains "paramètres": âge légal de départ, conditions pour une pension à taux plein (âge, durée de cotisation, décote et surcote), ressources supplémentaires pour l'assurance vieillesse et utilisation du Fonds de réserve des retraites.

Mais pas question de toucher au niveau des pensions et au "coût global du travail", a de nouveau prévenu le Premier ministre jeudi soir.

Une gageure, alors que le système de retraite est déjà en déficit et que "le déséquilibre annuel sera de l'ordre de 12 milliards d'euros par an en 2027", a-t-il rappelé.

- "L'effort doit être partagé" -

Dans ces conditions, le patronat ne voit qu'une solution: une "mesure d'âge reste "la plus efficace pour assurer la crédibilité du futur régime de retraites", a affirmé le président de la CPME, François Asselin, conscient qu'il sera "extrêmement compliqué d'aboutir de manière équilibrée".

Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a lui assuré "rentre(r) dans ces négociations avec l'idée qu'il y a une voie pour des solutions communes".

Mais pour cela, "l'effort doit être partagé", a prévenu Cyril Chabanier, secrétaire général de la CFTC, qui attend que l'Etat et les entreprises en prennent leurs parts.

"Toutes les précédentes réformes, ce sont les salariés qui les ont payées", a rappelé son homologue de l'Unsa, Laurent Escure, pourtant "raisonnablement optimiste", même si "chacun est un peu figé sur ses positions" pour le moment.

La CFDT, qui avait demandé cette "conférence de financement", n'a pas voulu abattre ses cartes avant la réunion du 10 février à Matignon. "Les solutions arriveront quand nous aurons l'ensemble des éléments chiffrés sur la table", a averti Laurent Berger, souhaitant que "toutes les concertations (...) puissent trouver une issue avant de rentrer dans le vif du sujet".

Du côté des opposants, le numéro un de Force Ouvrière, Yves Veyrier a prédit un naufrage: "La conférence va être ballotée par des courants très opposés et je vois mal comment elle pourra arriver à bon port".

"Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette affaire est mal embarquée", a renchéri Catherine Perret, secrétaire confédérale de la CGT, qui va "sans doute, encore pour longtemps, appeler à la grève et défiler dans la rue".

Deux journées de mobilisation sont déjà programmées, le 5 février pour les lycéens et étudiants, puis le 6 au niveau interprofessionnel et d'autres dates sont envisagées "avant même l'ouverture des débats parlementaires la semaine du 17 février", a-t-elle ajouté.

Ces actions se feront sans la CFE-CGC qui, "tout en restant membre de l'intersyndicale", a mis "en suspension" sa participation au mouvement social "pendant le déroulement de la conférence de financement", a expliqué son leader, François Hommeril.

Source : Gabriel Bourowitch et Jérémy Marot, laprovence.com

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