France : Réforme des retraites : la conférence de financement, un échec programmé?

 La CGT est au bord de claquer définitivement la porte de la conférence. Les chances de trouver un compromis sur le financement du futur système de retraites sont faibles.

La conférence de financement du nouveau système de retraites est-elle vouée à l'échec ? Ce mercredi matin, Catherine Perret, la numéro deux de la CGT, annonçait sur Radio Classique que le syndicat ne participerait plus aux négociations. Selon elle, "le compromis n'est pas possible". Dans un communiqué publié quelques heures après cette annonce, la CGT réclame "la prise en compte de ses propositions". 

Moins affirmative que Catherine Perret, la confédération ajoute qu'"en l'absence de réponse, elle posera dès la semaine prochaine à ses instances dirigeantes la question de la pertinence de maintenir sa présence à une conférence qui n'aurait dès lors comme seul objectif que de discuter autour d'un déficit budgétaire créé de toutes pièces". Cette annonce intervient au lendemain de l'ouverture de la deuxième séance de cette conférence réunissant les partenaires sociaux afin de trouver, avant fin avril, les moyens de garantir l'équilibre financier du système de retraite d'ici à 2027. Mission difficile pour plusieurs raisons.  

    Les marges de manoeuvre sont faibles

Trouver des solutions, oui, mais pas n'importe lesquelles. La lettre du Premier ministre du 11 janvier, dans laquelle il accepte de "retirer du projet de loi la mesure à court terme qu'il avait proposée consistant à aller progressivement, à partir de 2022, à un âge d'équilibre de 64 ans en 2027" fixe le cadre des discussions. Les partenaires sociaux doivent se mettre d'accord sur des mesures d'économies de 12 milliards d'euros pour 2027, pour échapper à la création de cet "âge d'équilibre". Deux lignes rouges sont évoquées par Edouard Philippe dans sa lettre : "les mesures destinées à rétablir l'équilibre ne devront entraîner ni baisse des pensions pour préserver le pouvoir d'achat des retraités, ni hausse du coût du travail pour garantir la compétitivité de notre économie".

"Le mandat donné à cette conférence de financement est tellement contraint que les chances de succès sont assez faibles. Cela rappelle l'épisode récent de l'assurance chômage qui avait donné lieu à une négociation et où, de la même manière, le cadrage budgétaire qui avait été donné faisait que c'était extrêmement compliqué de trouver un compromis", explique à L'Express Rémi Bourguignon professeur à l'Université Paris-Est-Créteil et spécialiste du dialogue social. 

"Dès le départ, le Premier ministre avait fixé comme objectif de ne pas augmenter les cotisations sociales, évidemment il ne restait qu'un paramètre : l'âge pivot", a ainsi dénoncé ce mercredi la numéro 2 de la CGT - opposée à la réforme - qui prône une hausse des salaires et plus de cotisations pour l'organisation actuelle des retraites.  

    Le calendrier est difficilement tenable

Le temps est compté. Les partenaires sociaux ont jusqu'à fin avril pour se mettre d'accord sur des mesures d'économies. Cette échéance permettra que leurs conclusions soient prises en compte avant le vote du projet de loi, examiné depuis lundi à l'Assemblée nationale. Dans le cas où les partenaires sociaux ne s'accorderaient pas sur des mesures alternatives, l'État reprendra la main et imposera l'âge pivot fixé 64 ans.

Un délai trop court ? C'est l'avis de Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. "Je crois que le calendrier dans lequel on est enfermé n'est pas tenable", a-t-il déclaré sur RTL le 17 février, ajoutant qu'il réclamerait plus de temps au gouvernement pour négocier. "Le calendrier parlementaire fait qu'à la fin avril, il faut qu'on ait voté la loi et je crois que deux mois pour trouver des solutions à des problèmes qui se posent tous les jours, ce n'est pas raisonnable".

"On n'a pas eu le temps de débattre, juste le temps de nous présenter des documents. On ne se fait pas beaucoup d'illusions, tout cela c'est un peu de l'esbroufe", a également déclaré le secrétaire confédéral de Force Ouvrière (FO) Michel Beaugas au Parisien.

    La voie du compromis est étroite

Comment se mettre d'accord quand on n'a pas les mêmes priorités ? La CFDT, pour le régime universel par points, réclame des avancées sociales avant de discuter de financement. "Il faut sécuriser davantage les transitions, dans la fonction publique notamment pour les agents de catégorie C, et aller plus loin sur le minimum de pension", a-t-il déclaré dimanche dans le JDD. Un point "fondamental", selon lui, est la question de la "réparation pour ceux occupant un métier pénible : ils doivent pouvoir partir plus tôt en retraite".

Le Medef, de son côté, rappelle sa ligne rouge, celle fixée par le gouvernement : ne pas toucher au coût du travail. Le syndicat patronal défend ainsi une mesure d'âge pour assurer l'équilibre financier. L'âge pivot est "la bonne mesure", comme l'a souligné de nouveau Geoffroy Roux de Bézieux dans une interview aux Echos dimanche. Concernant la pénibilité : selon le président du Medef, le sujet de "l'usure au travail" devrait "être sorti du débat des retraites et discuté dans le cadre de la branche accident du travail". 

Il a toutefois assuré que le Medef n'était pas hostile aux départs anticipés, à condition qu'ils soient compensés par "moins de départs pour carrières longues". "Le Medef est d'accord pour faire de la prévention de la pénibilité et de la reconversion. Mais pas pour réparer les dégâts ! Cette attitude, si elle perdurait, mettrait par terre l'équilibre de la réforme", dénonce de son côté Laurent Berger.

Le compromis paraît difficile à atteindre. "Avec cette conférence, on sait dès entrée de jeu que s'il y a échec, il y aura la mesure d'âge, qui convient au patronat. Ce qui fait qu'il n'y a pas une incitation très forte à négocier. On voit bien le jeu qui s'opère, et la CGT qui veut montrer qu'elle n'est pas dupe ni naïve...sous-entendu, les autres font semblant ou font un jeu qui n'a que peu de chance d'aboutir", analyse Rémi Bourguignon. Des nouvelles séances de travail sont programmées les 10, 12, 24 et 25 mars, en vue d'une séance plénière début avril et avant remise d'un document final fin avril. 

Source : David Pauget, lexpress.fr

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