France : Réforme des retraites : la transition à l’italienne concernera tous les actifs

Le Premier ministre a annoncé, ce jeudi 13 février, que pour l’ensemble des actifs les droits à la retraite seront calculés uniquement à la fin de leur carrière. Une option évoquée seulement dans la fonction publique pour le moment. Il a également annoncé des mesures en termes de pénibilité et de retraite progressive.

Des avancées, mais encore plusieurs points de blocage. Édouard Philippe a fait un point sur les discussions organisées depuis plusieurs semaines avec les syndicats sur la pénibilité, la fin de carrière, le minima de pension et la gestion des transitions. Annonce principale, la transition à l’italienne concernera tous les actifs et pas seulement les agents de la SNCF et de la RATP. Un principe dédié à ceux qui ont déjà commencé à travailler et qui feront une partie de leur carrière dans le régime universel. Soit, si l’on veut parler en années, ceux qui sont nés entre 1975 et 2004.

Pour cette catégorie, le Premier ministre a annoncé qu’il avait décidé “d’aller plus loin que le mécanisme proposé initialement”. Avec cette transition à l’italienne, cela signifie qu’en 2025 les droits que vous avez acquis seront figés jusqu’à la date à laquelle vous liquiderez vos droits. Au moment où vous partirez à la retraite, une partie de votre pension sera alors calculée en fonction des règles de l’ancien système et l’autre partie par rapport aux règles actuelles. Une manière de ne pas pénaliser les actifs qui auraient réalisé la meilleure partie de leur carrière dans le régime universel.

Un accord difficile à trouver sur la pénibilité

Le Premier ministre a affirmé sa volonté de mettre à plat la prise en compte de la pénibilité. Il estime que le travail doit porter sur trois questions : la prévention, la reconversion et la réparation. Les deux premiers volets semblent faire consensus auprès des organisations syndicales et patronales. Édouard Philippe a notamment annoncé le lancement d’un plan massif de prévention de la pénibilité pour travailler sur les trois facteurs ergonomiques : la posture, le port de charges lourdes et la manutention. Il propose la mise en place d’actions concrètes pour la prévention avec un financement de 100 millions d’euros de la branche accident du travail de la Sécurité sociale. Le gouvernement prévoit aussi de déposer d’ici demain un amendement à l’Assemblée nationale proposant un droit à la reconversion pour les actifs exposés à toutes sortes de pénibilité, “afin de leur financer une formation de 6 mois rémunérée pour basculer dans un nouveau métier”, a affirmé le Premier ministre. Une visite médicale devra aussi être généralisée à 55 ans.

Mais en ce qui concerne la réparation, c’est-à-dire la possibilité pour ceux qui sont reconnus comme exerçant un métier “pénible” de partir plus tôt à la retraite, un accord semble encore loin. “Il n’y a pas de consensus entre les syndicats et le patronat”, a reconnu Édouard Philippe. Le dialogue devra continuer dans le cadre de la conférence de financement.

Un minimum de pension toujours fixé à 85% du Smic

Le projet de loi prévoit une revalorisation de la pension minimum à 1.000 euros en 2022 et de la fixer à 85% du Smic à partir de 2025. Sauf que les syndicats demandaient plus, et notamment qu’elle puisse atteindre 100% du Smic. Le gouvernement n’a pas totalement fermé la porte à cette possibilité mais il demande des garanties. “Faire évoluer ces paramètres aura un coût et il faudra l’amener dans la réflexion de la conférence de financement”, a-t-il prévenu.
Une retraite progressive possible dès 60 ans

C’était l’un des points de crispation avec plusieurs syndicats. Le projet de loi sur la réforme des retraites prévoit de pouvoir demander une retraite progressive, c’est-à-dire que vous réduisez votre temps de travail en commençant à percevoir une partie de votre pension, à partir de 62 ans. Or aujourd’hui, cette demande peut se faire dès 60 ans. Machine arrière de la part du gouvernement, qui a décidé d’ouvrir de nouveau cette possibilité à 60 ans. Un dispositif qui sera accessible aux fonctionnaires et aux cadres qui sont au forfait jour.

“Nous allons aussi intégrer une réflexion sur un compte épargne temps (CET) qui suivra chaque salarié tout au long de sa carrière”, a annoncé le Premier ministre, reprenant ainsi à son compte une idée portée depuis plusieurs années par la CFDT. Des discussions sur la mise en place de ce dispositif devront être entamées avec la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Par ailleurs, le compte épargne temps pourra être déplafonné dans la fonction publique, et notamment hospitalière, pour permettre de travailler à mi-temps en fin de carrière.

Pas d’annonces concrètes pour l’emploi des seniors

Peu d’annonces, en revanche, en ce qui concerne l’emploi des seniors. Le Premier ministre a seulement affirmé sa volonté de “valoriser l’expérience des seniors” et de développer le mécénat de compétence, notamment envers les associations, et le principe de tutorat pour les jeunes apprentis. Là aussi, des discussions doivent être menées sur cette question avec la ministre du Travail.
Le calendrier

Alors que le projet de loi doit être présenté dans l’hémicycle à partir du lundi 17 février, Édouard Philippe a annoncé que le gouvernement déposerait d’ici ce vendredi des amendements actant les avancées avec les syndicats et le patronat. En parallèle, il doit envoyer dans la journée un courrier aux syndicats pour faire part de ses engagements.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :