France : Retraites : les robes noires voient rouge

Alors que le texte de la réforme des retraites arrive aujourd’hui à l’Assemblée, les avocats restent plus que jamais mobilisés. Grèves des audiences, manifestations, jets de robes, chants et danses protestataires… Les tribunaux sont bloqués un peu partout en France, et de nombreux procès sont reportés.

La grève des avocats contre la réforme des retraites, entamée il y a six semaines, se durcit depuis plusieurs jours. Avec la mise en place du régime universel, ils craignent la remise en cause de leur régime autonome, qui s’appuie sur la caisse nationale des barreaux français. Cette dernière, s’autofinançant, est excédentaire, "fonctionne parfaitement" et "ne coûte rien à l’Etat", affirme le Conseil national des barreaux, qui représente les 70 000 avocats du pays. Ses réserves s’élèvent à 2 milliards d’euros, et le CNB affirme reverser chaque année 100 millions d’euros au régime général, pour combler certains régimes déficitaires.

Avec la réforme, le montant des cotisations retraite des avocats va doubler, et celui des pensions baisser. Ce doublement des cotisations pour ceux gagnant moins de 40 000 euros par an, sera "insupportable pour de nombreux cabinets", selon le Conseil national des barreaux, tandis que les pensions de retraite, actuellement au minimum de 1 416 euros net par mois, passeraient à 1 000 euros.

La réforme pourrait-elle purement et simplement "tuer les petits cabinets" ?. "Les avocats sont rarement à ce point unis, expliquait vendredi Hervé Temime, avocat pénaliste, président d’honneur et fondateur de l’association des avocats pénalistes. Il y a un manque de considération de la part des pouvoirs publics, du monde politique et du gouvernement".

Depuis le 6 janvier, les avocats multiplient les demandes de renvois d’audience, de mises en liberté, les grèves du zèle, les actions pour se faire entendre, et manifestent. Les "jets de robes", vêtement symbole de leur liberté et de leur indépendance, se sont vite répandus : à Caen, où les initiateurs du mouvement ont été les premiers à signifier de la sorte leur mécontentement à la ministre de la Justice Nicole Belloubet, puis à Bordeaux, Nanterre, Lille, Toulouse, Paris, Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Bobigny, Châteauroux, Dijon, Périgueux ou Le Mans.

Cette mobilisation de la quasi-totalité des 164 barreaux de France (quelques-uns ont mis fin au mouvement ou en ont adouci les modalités) n’est pas sans conséquences sur la vie du système judiciaire. A la cour d’appel de Toulouse (lire page suivante), elles sont, selon le procureur général Franck Rastoul et le premier président Jacques Boulard, "d’une particulière gravité sur les délais de traitement des affaires, entraînant un préjudice majeur pour les justiciables. Sur les 13 517 dossiers audiencés entre le 6 janvier et le 7 février au sein de l’ensemble des juridictions du ressort, 9 663 ont fait l’objet d’un renvoi, soit 71,49 %. Seize dossiers criminels audiencés devant la cour d’assises ont été renvoyés et ne seront pas jugés avant plusieurs mois", détaillent-ils, précisant que les dossiers des pôles sociaux ou des affaires familiales sont renvoyés à 2021. Des audiences correctionnelles sont aussi repoussées jusqu’à un an à Bobigny, où 40 % des affaires sont reportées. A Albi, les assises ont également été renvoyées à 2021 et les audiences de correctionnelle commencent à être remises à septembre, tout comme au Mans, à Sens, à Reims ou dans les Landes. Les juges aux affaires familiales d’Orléans ont doublé les délais pour les divorces, et au tribunal pour enfants de Bordeaux, seuls les mineurs incarcérés sont jugés, les autres audiences étant renvoyées. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer de sitôt, tant l’ensemble.

Source : Frédéric Fatoux, ladepeche.fr

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