France : La crise va-t-elle frapper plus durement les actifs que les retraités ?

Si certains actifs ont connu une baisse de leurs revenus ces derniers mois, les retraités n’ont pas vu le niveau de leur pension reculer. Mais la situation pourrait évoluer si la crise économique perdure.

Le chiffre peut faire réagir. Dans un point de situation publié le 11 juin dernier, le Conseil d’orientation des retraites (Cor) évalue les conséquences du Covid-19 sur le niveau de vie des retraités. Alors qu’entre 2019 et 2020, la rémunération moyenne des actifs serait, selon le Cor, en baisse de 5,3%, celle des retraités, pendant la même période, augmenterait de 1,2%. De là à dire que les retraités seraient épargnés voire même profiteraient de la crise, le raccourci peut être vite fait. “Cela n’a rien d’étonnant car les retraites sont des revenus de transferts donc c’est une situation que l’on observe à chaque variation de l’activité. On pourrait faire le même constat avec les minimas sociaux”, tempère Emmanuel Jessua, directeur des études chez Rexecode, institut d’études économiques privé

Pour bien comprendre cet écart, il faut d’abord analyser ce que l’on compare. “Ces chiffres, c’est un effet d’optique”, prévient l’économiste Michaël Zemmour. On parle de moyenne, or l’impact n’est pas le même d’un actif à l’autre. “Dans la fonction publique, pour les salariés qui ont pu être en télétravail ou ceux qui ont eu des périodes de chômage partiel, le niveau de vie a très peu baissé”, rappelle Michaël Zemmour. Mais pour les autres comme les indépendants, les chômeurs en fin de droit ou encore les intérimaires et les jeunes qui entrent sur le marché du travail, la chute du niveau de vie est brutale. “Ce sont ceux qui ont été mal couverts par les mesures d’urgence prises par le gouvernement”, note-t-il. Ainsi, si l’on comparait l’écart entre un salarié qui n’a pas arrêté de travailler et un retraité, le constat ne serait pas le même.

Par ailleurs, la situation actuelle amplifie un phénomène qui n’est pas nouveau. “Il ne faut pas cacher le point de départ. Avant la crise les retraités avaient déjà un niveau de vie 5 points plus élevé que celui des actifs. Il y a donc un sujet sur les inégalités intergénérationnelles”, pointe Emmanuel Jessua. Il est aujourd’hui passé à 10 points de différence, mais pourrait redescendre aussi vite. Tout dépendra de la durée de la crise qui s’annonce.

Car c’est une autre nuance que l’on peut apporter au fait que pour le moment les retraités sont “épargnés” par la crise. Si ce constat est valable aujourd’hui, il pourrait être différent dans les mois voire les années à venir. Ainsi, dans l’hypothèse où la croissance reviendrait rapidement la différence pourrait se resserrer. “En cas de croissance, les retraités sont laissés derrière”, observe Michaël Zemmour. Les pensions sont revalorisées par rapport aux prix, or, la plupart du temps, ils évoluent moins vite que les salaires, mécaniquement pendant ces périodes le niveau de vie de retraités évolue moins vite que celui des actifs.

Pire encore, si l’impact de la crise se fait sentir sur le long terme, les retraités pourraient être mis à contribution. “Nous prévoyons une baisse du PIB de 6 points fin 2021 par rapport au niveau qui était attendu. Les dépenses de retraite pourraient passer de 14 points du PIB aujourd’hui à 15,5 points, détaille Emmanuel Jessua. Il sera alors peut-être nécessaire de revoir des règles pour un partage de l’effort notamment entre les actifs et les retraités”, envisage-t-il. L’effort pourrait alors porter sur les futurs retraités avec des mesures reportant l’âge de départ ou allongeant la durée de cotisation pour obtenir le taux plein. Pour les retraités, cela pourrait se traduire par un gel des pensions ou une hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG). Ces deux dernières mesures ayant pour conséquence de réduire l’écart de niveau de vie entre les actifs et les retraités. “On assisterait alors à un rattrapage par le bas du revenu des retraités, craint Michaël Zemmour. Mais il serait précipité de prendre des décisions dès maintenant, il faut d’abord connaître l’étendue de la crise.”

Source : Adeline Lorence, capital.fr

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