France : Suspendue pendant le confinement, la réforme des retraites est de retour

Cette semaine, l’Elysée a ressuscité la réforme des retraites, suspendue pendant le confinement, annonçant que certains de ses « pans pourraient revenir »

Suspendue en raison du confinement, la réforme des retraites fait son grand retour. Selon l’entourage du président de la République, « certains pans de la réforme pourraient revenir, ceux qui concernent la justice sociale ».
Mais les mesures les plus polémiques, telles que le système universel à points ou des mesures d’âge, ne sont pas encore exclues. Emmanuel Macron doit s’exprimer ce dimanche.
Selon certaines organisations syndicales et patronales, le recours à des mesures d’âge pour rééquilibrer le système des retraites est toujours possible. D’autant que la crise économique pourrait occasionner un déficit de 30 milliards d’euros en 2020, selon une première prévision du Conseil d’orientation des retraites.

Certains l’espéraient enterrée. Officiellement suspendue depuis le confinement, la question des retraites est pourtant de retour. Alors qu'une nouvelle allocution d’Emmanuel Macron est attendue ce dimanche, son entourage a fait savoir cette semaine à l’AFP que « certains pans de la réforme pourraient revenir, ceux qui concernent la justice sociale ».

Un premier signe, qui a surpris, en a été le soutien par les députés marcheurs, mercredi, d’une proposition de loi déposée par le député communiste André Chassaigne visant à garantir aux agriculteurs, une pension à 85 % du Smic à compter du 1er janvier 2022.
Système à points, mesures d’âge : rien n’est encore exclu

Mais quid des mesures les plus contestées de la réforme, qui avaient mis des millions de manifestants dans la rue cet hiver ? Cette semaine, Emmanuel Macron a dit « vouloir garder le système par points institué par le projet de loi, qu’il estime juste, et se montre prêt à évoluer sur les aspects budgétaires », rapporte Le Monde.

Organisations syndicales comme patronales estiment que cela remettrait de l’huile sur le feu au plus mauvais moment. « Malvenu », selon FO, sans « aucun sens », selon la CFDT : réunis ce jeudi lors d’une table ronde de l’Ajis (l’Association des journalistes de l’information sociale), les partenaires sociaux – très divisés sur le système à points – jugent pourtant l’idée politiquement inopportune.

La question du retour des mesures « paramétriques » – dont il était déjà question avant la crise – afin d’équilibrer les finances du régime de base continue de se poser. « Les pistes d’un âge pivot à 64 ans ou d’un allongement de la durée de cotisation pourraient refaire surface », estime l’hebdomadaire Challenges dans son édition parue ce jeudi. Cette seconde piste est évoquée par la députée LREM et rapporteure du projet de loi organique de réforme des retraites Cendra Motin dans les colonnes du Monde.

Et pour cause, la crise économique née de la pandémie n’arrange rien, créant un énorme déficit à la mesure de la récession annoncée : en tenant compte des dernières prévisions, le Conseil d’orientation des retraites table déjà un solde négatif à 29,4 milliards d’euros pour 2020, contre 4 milliards initialement. Avant la crise, le gouvernement cherchait déjà à combler le déficit du système de retraites jusqu’à 2027, alors estimé à 12 milliards d’euros.

Un transfert de dette qui a des limites

Dans l’urgence, le gouvernement a déposé le 27 mai un projet de loi destiné à financer les déficits, jusqu’en 2023, non seulement dans la branche vieillesse mais aussi maladie et famille. Une solution pour remédier à la crise qui passe par un transfert de dette à la Cades. Créée en 1996, cette « caisse d’amortissement de la dette sociale » a pour but d’« éponger les dettes du régime général de la sécurité sociale » et éviter qu’elles ne pèsent sur les générations futures », comme le rappelle le site vie-publique.fr. Alors qu’elle devait s’éteindre en 2024, elle a finalement été reconduite jusqu’en 2033 vu le caractère exceptionnel de la crise.

Reste à voir jusqu’où cette caisse, dont les ressources sont notamment basées sur la CSG et la CRDS, permettra de résoudre les problèmes de financement de la protection sociale. Dans son projet de loi actuellement examiné à l’Assemblée nationale, le gouvernement a prévu le transfert de 136 milliards d’euros de dette. Mais « ce n’est certainement pas la seule réponse qui sera apportée » pour remédier au déficit des retraites, estime auprès de 20 Minutes le vice-président de la CPME en charge des retraites Eric Chevée. Il attend toutefois d’avoir « plus de visibilité sur les dépenses et ressources et sur les écarts résiduels plus tard ».

Pour le secrétaire confédéral en charge des retraites à Force ouvrière Michel Beaugas, le recul de l’âge de la retraite est donc « un vrai risque » car c’est selon lui la mesure « la plus simple » (et préférée à droite) pour rééquilibrer le financement du système. Mais au prix de potentielles contestations, comme avant la crise.

Source : Catherine Abou El Khair, 20minutes.fr

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