“Refuser de parler des retraites lorsque l'équilibre des comptes, et donc la sauvegarde du système actuel se trouve compromise, serait irresponsable.” Voilà ce qu’expliquait Jean Castex pour sa première prise de parole devant le Sénat le 8 juillet. Comme le président de la République avant lui, le Premier ministre affichait alors sa volonté de poursuivre la décriée réforme des retraites. Un projet loin d’être enterré par l’exécutif si on en croit les révélations du Parisien. Plusieurs scénarios seraient ainsi avancés dans une note secrète datant de mai dernier et baptisée “Devenir du projet de réforme des retraites”. Parmi eux, trois sont jugés plus probables par les personnes derrière cette note. Le premier consisterait à appliquer une clause du grand-père intégrale. Le système universel à points pourrait être appliqué pour les personnes nées à partir de 2004, qui partiront à la retraite au plus tôt pour la période 2065-2070. Pour les auteurs, cette disposition résoudrait “nombre de difficultés liées à la transition en matière de conditions d'ouverture et de calcul de droits, en particulier le coût des compensations financières nécessaires à son acceptation”. Cette clause du grand-père présenterait les avantages “d'être relativement lisible car proche du projet actuel, tout en vidant celui-ci d'une partie de sa sensibilité en reportant son application”. Mais elle pourrait aussi envoyer le signal que l'exécutif a reculé devant la contestation…

 

La fin des régimes spéciaux écartée

Le deuxième scénario consisterait à maintenir une retraite à deux étages. Le premier étage “pourrait prendre la forme d'un système universel limité à un plafond, ou d'une généralisation des règles du régime général à l'ensemble des régimes de base”. Les régimes complémentaires adaptés à chaque type de profession seraient maintenus pour le deuxième étage et seraient organisés par exemple en “silos”(un privé, un non salarié et un public ?). Ce scénario répondrait ainsi “aux critiques sur l'uniformisation du système de retraite au détriment du risque selon les professions et le profil de carrière” et pourrait ne pas braquer les partenaires sociaux, sauf peut-être la CFDT qui milite pour le système universel, précise Le Parisien. Parmi les inconvénients cités, la nécessité de créer une caisse complémentaire pour les fonctionnaires ou le fait que les libéraux pourraient ne pas apprécier une transformation de leur retraite.

Dans le dernier scénario qui a aussi les faveurs des auteurs de la note, plusieurs pistes seraient évoquées pour effectuer de conséquentes économies. Parmi elles, le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans (trois mois par génération à partir de celle de 1962), ou "l'instauration d'un âge minimal du taux plein sans décote (de 62 à 63 ou 64 ans, ndlr) qui peut être combinée avec une baisse de l'âge du taux plein (de 67 à 65 ans, ndlr)”. Ces deux mesures permettraient de réaliser plus de 15 milliards d’euros d’économie pour 2027. La durée d’assurance ou les carrières longues sont aussi citées comme des possibles pistes à creuser pour des mesures d’économie.

Deux autres scénarios seraient évoqués dans cette note mais ne seraient pas privilégiés. L’un d’entre eux prévoierait la fin des régimes spéciaux. L’autre suggérerait de réduire le nombre de caisses de retraite et leurs effectifs. Alors que plusieurs partenaires sociaux ont déjà annoncé que le timing choisi par l’exécutif pour relancer cette réforme contestée n’était pas très bien choisi en cette période de crise, ces pistes évoquées pourraient quelque peu tendre les négociations à venir concernant les retraites…

Source : Frédéric Serveur, capital.fr