Paul Louis, BFMTV

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Emmanuel Macron et son nouveau Premier ministre Jean Castex entendent relancer au plus vite le projet de réforme des retraites. Les partenaires sociaux, eux, semblent décidés à calmer leurs ardeurs.
Jean Castex va-t-il siffler la fin de la mi-temps dès cet été? Une chose est sûre, le Premier ministre ne veut pas perdre de temps. Moins de deux ans avant l’élection présidentielle, le successeur d’Edouard Philippe entend reprendre au plus vite les principaux chantiers laissés en suspens, à commencer par l’inflammable dossier des retraites qu’il dit vouloir régler "à court terme".
"La crise (sanitaire, ndlr) a aggravé fortement le déficit de nos régimes de retraite. Je souhaite reprendre le dialogue avec les partenaires sociaux, c’est indispensable", a-t-il déclaré dans le JDD dimanche dernier. Des déclarations qui complètent celles d’Emmanuel Macronquelques jours plus tôt lorsque le chef de l’Etat jugeait que l’abandon de la réforme, interrompue en raison de l'épidémie de coronavirus, serait "une erreur" et qu’il fallait "réengager rapidement une concertation en profondeur (…) dès l’été sur (le) volet des équilibres financiers".

Les partenaires sociaux pour un report des discussions

L’essentiel du gouvernement Castex désormais connu, les travaux devraient donc pouvoir reprendre. Encore faut-il que le locataire de Matignon trouve des interlocuteurs avec qui échanger. Car les partenaires sociaux, inquiets de la crise économique qui ne fait que commencer, ne sont visiblement pas dans la même démarche que le couple exécutif. "On ne va pas se remettre à se foutre sur la gueule sur la question des retraites dans cette période", a lâché la semaine dernière le leader de la CFDT, Laurent Berger, estimant que "la priorité des priorités, ça doit être l’emploi".

De son côté, le secrétaire général de FO Yves Veyrier a mis en garde contre le risque de "rouvrir de la tension, un conflit social". "Ce n’est vraiment pas le moment de remettre ce dossier sur la table". Même tonalité à l’Unsa dont le secrétaire général, Laurent Escure, a qualifié les retraites de dossier "très sensible" et "vecteur de tensions et de crispations". Son homologue de la CGT, Philippe Martinez, s’est positionné sur la même ligne en estimant qu’il n’y avait "pas à traiter de la question des retraites maintenant, ce n’est pas le moment".

Même le Medef s'est montré sceptique à l’idée de rouvrir ce dossier explosif. Lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ce week-end, le président de l’organisation patronale, Geoffroy Roux de Bézieux, a appelé à faire "une pause" sur la question du financement des retraites pour que "cet été, toute notre énergie" soit "mobilisée pour sauver les entreprises et l’emploi".

Une réforme transformée?

Face à la défiance des syndicats, l’exécutif pourrait faire de nouvelles concessions afin de les ramener autour de la table et tenter de convaincre en particulier la CFDT et l’Unsa, pas opposées sur le principe à l’instauration d’un système de retraite universel par points. Dans son interview à la presse régionale, Emmanuel Macron a fait un premier pas en assurant être "ouvert à ce que (la réforme) soit transformée".

Parmi les possibles concessions, les rythmes et les modalités de transition des indépendants et des régimes spéciaux vers le régime général pourraient par exemple être rediscutés. "La situation a changé avec la crise et les besoins des différentes professions aussi", expliquait à BFM Eco Cendra Motin, députée LaRem de l’Isère et rapporteure du volet organique de la réforme des retraites. L’objectif d’équilibre financier du système pourrait quant à lui être repoussé de quelques années, tandis que l’âge pivot, cher à Edouard Philippe, pourrait passer à la trappe après avoir été rejeté par les syndicats et une majorité de la population.

Pour autant, "le débat –que nous avions connu avant la crise- autour de la durée du nombre d’années de cotisation continue à se poser. Nous ne pouvons pas vouloir notre indépendance, la reconquête sociale, économique et environnementale, et être un des pays d’Europe ou l’on travaille le moins longtemps", a prévenu Emmanuel Macron.

Qui pour porter la réforme?

Nommé secrétaire d’Etat chargé des Retraites auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, Laurent Pietraszewski a vu sa mission interrompue par la crise sanitaire. Reste donc à savoir qui lui succédera –si successeur il y a- pour porter la réforme, les secrétaires d’Etat devant être désignés en fin de semaine.

Quoi qu’il arrive, Jean Castex jouera à coup sûr un rôle prépondérant dans les discussions autour des retraites. D’ailleurs, sa réputation d’homme d’écoute et de dialogue social reconnue à droite comme à gauche a sans doute peser dans la décision d’Emmanuel Macron de la nommer à Matignon pour mener à bien cette tâche.

Plaidant lundi devant les parlementaires pour "le dialogue, l’écoute, la recherche du compromis" qui doivent être "une absolue nécessité", le Premier ministre a envoyé un premier signe d’ouverture en indiquant qu’il rencontrerait les organisations syndicales et patronales dès cette semaine.

Source : Paul Louis, bfmtv.com

Tag(s) : #France

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