Marie Cécile Renault, Le Figaro Politique

Marie Cécile Renault, Le Figaro Politique

Tous les partenaires sociaux, qui ont défilé ce jeudi dans le bureau du premier ministre, ont opposé une fin de non-recevoir à toute relance de la réforme.

Malgré l’opposition des syndicats et du patronat à rouvrir le dossier des retraites, le nouveau premier ministre Jean Castex, à peine nommé, relance sans attendre cette réforme phare du quinquennat. Non plus simplement pour introduire davantage d’équité et de justice sociale, ce qui était la promesse présidentielle initiale, mais bel et bien pour sauvegarder le système, dont le déficit devrait s’élever suite à l’épidémie à 30 milliards d’euros dès la fin de l’année. «Refuser de parler des retraites lorsque l’équilibre des comptes, et donc la sauvegarde du système actuel se trouve compromise, serait irresponsable», a-t-il plaidé mercredi au Sénat.

Très déterminé, le chef du gouvernement a commencé à recevoir individuellement les partenaires sociaux à Matignon jeudi, en présence de la nouvelle ministre du Travail, Élisabeth Borne, qui récupère dans son périmètre ce dossier explosif. Les discussions doivent se boucler ce vendredi après-midi. Puis une réunion, où les partenaires sociaux seront tous réunis collectivement, est prévue «avant le 20 juillet», probablement vendredi prochain.

’ils ont apprécié le style «très direct et très franc» du nouveau premier ministre, les partenaires sociaux ne veulent pas rouvrir ce dossier alors que leur priorité est avant tout la relance économique et l’emploi. «Ce n’est pas le sujet de l’été et de l’automne. La CFDT ne pratique pas la chaise vide, mais si le gouvernement ouvre des concertations sur les retraites cet été ou à l’automne, on ne s’y investira pas vraiment», a déclaré Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, pourtant seul syndicat favorable à la réforme.

Grève le 17 septembre

«On a clairement dit au premier ministre que la question des retraites ne devait pas venir polluer la question de la relance», a-t-il encore insisté, en soulignant que «la priorité aujourd’hui, c’est l’emploi». Pour les syndicats hostiles depuis le début à la réforme, l’opposition reste totale. «Ce n’est vraiment pas le moment», a martelé Yves Veyrier, secrétaire général de FO. «On lui a dit que c’était un sujet explosif qui allait diviser le pays. S’il démarre son mandat par ce genre de situation, ça laisse mal augurer de la suite», a réagi Philippe Martinez, son homologue de la CGT, fer de lance des grèves de cet hiver, les plus longues que la France a connues. Le syndicat contestataire appelle d’ailleurs déjà, sans connaître les conclusions du premier ministre, à une journée nationale de mobilisation le 17 septembre.

Même refus du côté du patronat, pourtant favorable à la réforme même s’il n’en était pas demandeur. «Se précipiter cet été pour renégocier autour de ce sujet qui est anxiogène, ce n’est pas la priorité. La priorité, c’est le plan de relance, a réagi le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Discutons à la rentrée, mais avec des chiffres» à jour, concernant le déficit du système actuel. «Il faut se mettre en mode pause», a renchéri François Asselin, président de la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

 

Mais la réforme des retraites est devenue un totem. Politiquement, il sera très difficile pour Emmanuel Macron de se représenter en 2022 face aux électeurs sans avoir imprimé sa marque sur ce dossier majeur, qui devait être la réforme emblématique du quinquennat. L’opposition l’a bien compris et en fait un argument. Rouvrir ce dossier est «une faute politique, a estimé le patron des sénateurs PS Patrick Kanner. Dans la période qui est la nôtre, où on a besoin de rassurer les Français, de les accompagner, d’avoir un esprit de concorde pour la reconstruction du pays, c’est un chiffon rouge qu’on est en train à nouveau d’agiter».

À droite, le député LR Éric Woerth, maître d’œuvre de la réforme 2010 des retraites (qui a relevé l’âge de départ de 60 à 62 ans), estime pour sa part qu’il faut poursuivre les réformes qui ont été faites, mais que cela suppose «des décisions difficiles et du courage politique». Mais le président de la République n’a «pas la capacité politique de cette réforme», estime de son côté Christian Jacob, le président de LR, pointant le récent «échec aux municipales» de la majorité.

Courage politique

Finalement, cette séquence valide a posteriori la stratégie d’Édouard Philippe. L’ancien premier ministre n’a eu de cesse, depuis un an, de marteler la nécessité de «travailler davantage» pour restaurer l’équilibre financier du système de retraites, sans reporter la dette sur les générations futures. L’explosion des déficits lui donne plus que jamais raison. Mais l’exécutif divisé a perdu du temps, rétif à imposer une réforme paramétrique (c’est-à-dire budgétaire) nécessaire, après avoir promis durant la campagne une refonte uniquement systémique (sur le fond). Le sujet revient aujourd’hui en boomerang, dans l’urgence.

Source : Marie Cécile Renault, lefigaro.fr

 

 

Tag(s) : #France

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