Adeline Florence, Capital

Adeline Florence, Capital

Le 8 octobre, le Conseil d’orientation des retraites doit rendre au gouvernement son diagnostic sur le déficit du régime de retraite. Une base de travail qui doit permettre à l'exécutif de décider des mesures à prendre pour rétablir l’équilibre du régime.

 

A pas de velours. Si la réforme des retraites n’est pas revenue sur le devant de la scène, en coulisse, la question continue d’être abordée. Le sujet n’est pas pour l’heure de savoir comment mettre en place un régime universel de retraite mais comment résorber le déficit des retraites, annoncé en juin dernier par le Conseil d’orientation des retraites (Cor) à près de 30 milliards d’euros en 2020. Avant de lancer des concertations sur le sujet, l’exécutif veut s’appuyer sur des bases solides. Pour cela, il a demandé au Conseil d’orientation des retraites de refaire des prévisions.

Dans une lettre envoyée à l’institution le 14 août dernier, le Premier ministre, Jean Castex, demande au Cor d’évaluer “à nouveau la situation financière de notre système de retraite, en mettant en exergue les effets à l’horizon 2030”. Un peu plus loin dans le courrier, le locataire de Matignon invite à distinguer pour ce déficit ce qui relèverait “d’une dégradation exceptionnelle, d’une part, et les évolutions plus structurelles susceptibles de peser durablement sur l’équilibre des régimes”. En clair il s’agit de comparer la trajectoire de déficit liée à la crise à celle qu’aurait prise le régime s’il n’y avait pas eu la pandémie.

Réunis ce mercredi 9 septembre, les membres du Cor ont analysé la demande du Premier ministre. La réponse pourrait se faire en deux temps. D’abord un point de situation qui doit être remis le 8 octobre prochain. Il devrait ressembler à celui déjà réalisé par l'institution le 11 juin dernier annonçant un déficit proche de 30 milliards en 2020. “Depuis la situation a évolué et l’été nous a amené quelques bonnes nouvelles avec notamment une hausse des cotisations perçues par rapport à la période de mars avril, se félicite Frédéric Sève siégeant au Cor pour la CFDT. Mais l’on ne sait pas si dans quelques semaines ou dans quelques mois le contexte sera plus ou moins catastrophique”, ajoute-t-il.

Comme avant l’été, il s’agit de faire un état de la situation du régime et d’analyser l’évolution des dépenses (principalement des pensions) et des ressources (principalement les cotisations) mais aussi de faire des projections en fonction de la situation économique. Le dernier point du Cor avait été posé deux hypothèses avec d’un côté un scénario sans rebond où la richesse nationale est durablement affectée par le crise et de l’autre un scénario avec rebond où le PIB retrouve la trajectoire envisagée avant la crise en 2032. Ces hypothèses devraient également figurer dans le nouveau point d'octobre.

Ce point de situation devrait aussi comprendre les leviers qui peuvent être utilisés pour résorber ce déficit. Le courrier du Premier ministre précise aussi qu’il consulte le Cor pour connaître “la contribution que pourrait apporter chacun des trois leviers que sont le montant de la pension moyenne, l’âge moyen de départ à la retraite et le taux de prélèvement, à la résorption des déficits structurels de retraite”. Mais pour les syndicats, cette demande est déjà biaisée. “On sait déjà que le gouvernement ne veut ni de hausse de cotisations, ni de baisse des pensions, rappelle Michel Beaugas de Force ouvrière. Il ne lui reste plus que l’âge moyen de départ à la retraite avec deux options l'accélération de la réforme Touraine (qui consiste à augmenter d’un trimestre tous les 3 ans la durée nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein, ndlr) ou un recul de l’âge de départ. Et on sait très bien que c’est la deuxième solution qui serait plus efficace pour le gouvernement”, dénonce le syndicaliste.

Mais pour aller plus loin dans la réflexion, le Cor prévoit aussi de présenter en novembre son rapport annuel. Traditionnellement publié en juin, sa sortie a été repoussée en raison de la crise sanitaire. Cette étude devrait affiner le point de situation d’octobre en présentant des études basées notamment sur différents scénarios d’évolution de la productivité et du produit intérieur brut et des données projections pour le régime d’ici à 2030.

Pas sûr pour autant que le gouvernement attende le rendu de ce rapport plus précis pour relancer les concertations. Interrogé sur le calendrier sur Public Sénat le 7 septembre dernier, Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État chargé des Retraités a affirmé, “nous allons regarder ce que va nous rendre le Cor et nous pourrons, après le 8 octobre, être à même de faire des propositions”. Les discussions non pas sur la réforme des retraites mais sur la façon de remettre le régime à l’équilibre pourraient alors reprendre autour de cette date. Une situation qui rappelle la conférence de financement lancée en début d’année et stoppée nette par la crise sanitaire. “Nous avons claqué la porte de cette même forme prévient Michel Beaugas. Il faut qu'il y ait une vraie concertation.

Source : Adeline Lorence, capital.fr


 
Tag(s) : #France

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :