Le report des cotisations patronales et le chômage partiel de masse (9 millions de salariés visés au plus fort de la pandémie) ont entraîné une lourde perte pour notre régime vieillesse : son déficit dépassera 25 milliards d’euros en 2020 d’après les prévisions du Conseil d’orientation des retraites, quasiment six fois plus que prévu. Certes, le pire sera évité, les pensions continueront d’être versées : au besoin, les caisses de retraite puiseront dans leurs réserves (l’Agirc-Arrco dispose de 65 milliards d’euros), obtiendront une avance de l’Etat ou emprunteront sur les marchés. Mais pour retrouver l’équilibre, les retraités – actuels et futurs – pourraient être mis à contribution d’ici un ou deux ans, que la réforme soit mise en place ou non.

Conditions de départ

Il faudra travailler plus longtemps pour percevoir une pension complète. Première piste d’économies envisagée : la création d’un âge pivot de départ, au-dessous duquel la pension serait minorée (de 1,25% par trimestre manquant). Ce pivot pourrait être fixé à 63 ans (1 milliard de gains par an) ou, plus probablement, à 64 ans (1,8 milliard de gains par an). Une autre option serait d’accélérer l’allongement de la durée de cotisation : la hausse pourrait passer d’un trimestre tous les trois ans à un trimestre par an jusqu’à atteindre quarante-trois ans de cotisation (650 millions d’euros de gains par an). Il est aussi question de repousser petit à petit l’âge légal de départ, de 62 à 64 ans, mais ce n’est pas la mesure qui tient la corde : trop impopulaire au vu des gains réalisés (1 milliard d’euros par an). Le dispositif longue carrière pourrait aussi être raboté : partir avant l’heure exigerait d’avoir cotisé au moins 12 trimestres avant 20 ans (contre 5 aujourd’hui).

Pensions

Une revalorisation en berne. On nous l’avait garanti : les pensions seront toutes indexées sur les prix à partir de 2021. La promesse devrait être tenue. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit en effet une revalorisation de toutes les pensions de base sur l’inflation, soit 0,4%. Ensuite, à l’image de ce qui se fait en Suède, un mécanisme de revalorisation lié à la conjoncture pourrait être instauré. Ce qui se traduirait par un gel des pensions à chaque fois que les régimes vieillesse finissent l’année dans le rouge. A noter : la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), qui frappe tous les revenus, aurait dû disparaître en 2024. Elle vient d’être prolongée jusqu’en 2033, avec toujours le même taux : 0,5%. Soit autant de pension en moins durant une décennie de plus…

 

Source : Fabien Bordu, capital.fr