Marc Vignaud, Le Point

Marc Vignaud, Le Point

Le think tank libéral Génération libre dévoile une proposition de régime universel de retraite, dans lequel chacun peut choisir son âge de départ.

 

La réforme des retraites d'Emmanuel Macron a été mise sous le boisseau face à l'urgence de la situation sanitaire. Trop clivante. En attendant que le sujet revienne sur le devant de la scène, le think tank libéral Génération libre a décidé d'apporter sa contribution au débat.

Dans une note* publiée ce mercredi et que Le Point a pu consulter en avant-première, l'économiste Marc de Basquiat plaide pour un système semblable à celui envisagé par Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle, avant que le projet ne soit modifié sous la houlette de Jean-Paul Delevoye. Il ne s'agit pas d'un régime universel par points, comme dans le projet de réforme adopté en première lecture à l'Assemblée en mars, mais d'un régime universel de retraite en comptes notionnels, à la suédoise.

 Chacun constitue pendant ses années d'activité un compte personnel de retraite formulé en euros. Au moment où il décide de liquider ses droits à la retraite, l'administration divise simplement le capital virtuel accumulé par l'espérance de vie statistique afin de déterminer le montant de la pension de base », explique Marc de Basquiat. « Chaque euro cotisé ouvre le même droit », un argument d'ailleurs utilisé par Emmanuel Macron pour vendre son régime universel. Ce qui ferait disparaître, de fait, les régimes spéciaux.

Chaque euro cotisé ouvre le même droit

Avantage : le système de Génération libre est « financièrement équilibré sur le très long terme, par construction, car la valeur actuarielle des pensions de base de chaque retraité est égale à la somme de ses cotisations passées ». Une propriété d'autant plus importante que la crise du Covid risque de menacer financièrement nos régimes de retraite pour longtemps. Et il est très simple, alors que le système par points imaginé par l'exécutif était devenu, au fur et à mesure des discussions, extrêmement complexe et opaque, selon Marc de Basquiat.

Contrairement à ce dernier, il ne serait plus possible de jouer sur la valeur d'achat d'un point tout au long de la carrière dans le système de Génération libre. « Une solution pilotée, qui donnerait lieu chaque année à des débats entre les partenaires sociaux et les représentants des retraités », critique en effet l'économiste. Le régime de retraite qu'il propose est, au contraire, un système à « cotisations définies ». Autrement dit, en cas de déséquilibre financier du régime de retraite – ce qui est certain au vu de l'évolution démographique –, l'ajustement ne peut se faire que par le niveau des pensions. Ce qui incite chacun à augmenter la durée de sa carrière.

Génération libre assume ce choix d'arrêter de faire payer les actifs via des hausses éventuelles de cotisations. Cette option est « économiquement irresponsable », balaye Marc de Basquiat. « Face à l'évolution démographique défavorable aux systèmes de retraite, dont d'autres pays comme l'Allemagne, l'Italie ou le Japon ont fait l'expérience avant nous, nous savons que notre système par répartition devra nécessairement prévoir un mécanisme d'ajustement à la baisse du niveau des pensions. Ceci ne réjouit personne, pas plus les retraités d'aujourd'hui que ceux de demain. Mais il est indispensable d'accepter ce fait primordial pour en analyser froidement les conséquences et définir les ajustements permettant de sauvegarder l'équité du système, évitant la facilité d'alourdir perpétuellement la charge des actifs avec une solidarité intergénérationnelle à sens unique », justifie l'économiste.

Mettre un terme à la facilité gérontocratique qui demande aux actifs de pallier les déséquilibres des générations précédentes

Le système universel proposé reste un système de retraite par répartition dans lequel les cotisations courantes des actifs financent les pensions des retraités du moment. « Sachant que les cotisations du passé n'ont pas été capitalisées à hauteur des besoins des générations actuelles et futures de retraités, rien ne garantit que la somme des pensions de base calculées suivant le principe précédent pourra être financée par la somme des cotisations contemporaines. À court terme, l'inverse est même certain. C'est pourquoi la pension de base doit nécessairement être modulée en fonction des recettes et des réserves, détaille Marc de Basquiat. Un coefficient d'ajustement unique, national, réévalué chaque année, doit être appliqué à toutes les pensions de base. » Une « opération mathématique très simple ».

Une redistribution entre retraités modestes et aisés

Voilà pour les principes fondamentaux. Mais pour contrer la baisse relative des pensions par rapport aux revenus des actifs (qui aurait eu lieu dans le système actuel alors même que l'équilibre financier n'est pas garanti), l'économiste propose d'ajouter un système de solidarité entre retraités. 25 % de toutes les pensions (mais aussi des autres revenus des retraités) seraient mis en commun pour être redistribués vers les pensionnés modestes. « Ce principe d'une redistribution interne à la population des retraités nous paraît essentiel, car il mettrait un terme à la facilité gérontocratique qui demande aux actifs de pallier les déséquilibres des générations précédentes », argue Marc de Basquiat. Une redistribution entre retraités modestes et aisés qui existe déjà, mais via des mécanismes très complexes et peu transparents. Il justifie sa proposition par le fait que l'espérance de vie est plus élevée chez les retraités qui ont eu les meilleures carrières et qui profitent donc de leur pension plus longtemps.

Un tel système de retraite permettrait de laisser partir chacun à la retraite à l'âge qu'il souhaite, en faisant un arbitrage entre le montant de sa pension, facilement calculable, et son envie de bénéficier de sa retraite. Pour éviter un effet d'aubaine, la possibilité de bénéficier du pot commun de la solidarité entre retraités ne serait ouvert qu'à partir d'un certain âge, à déterminer (62, 65 ou même 67 ans). Mais rien n'empêcherait de reprendre le travail après la liquidation de sa retraite, afin de continuer à cotiser et d'obtenir un montant de pension plus favorable par la suite.

Faire payer l'employeur pour la pénibilité des métiers

Le système proposé par Génération libre prendrait en compte, pour finir, la pénibilité des métiers, via une surcotisation patronale négociée dans les branches professionnelles pour les métiers identifiés comme pénibles. Avec le risque de reconstituer des régimes spéciaux en cas d'incapacité à éliminer la surcotisation lorsque le métier évolue. L'avantage serait d'inciter les employeurs à diminuer la pénibilité des métiers via plus de prévention. Le surcroît de cotisation versé par l'employeur permettrait aux personnes concernées de partir plus tôt à la retraite sans perte de pension. La limite serait toutefois celle du coût du travail, puisque chaque profession risque de faire du lobbying pour être considérée comme pénible et obtenir une surcotisation. Mais Marc de Basquiat estime plus logique de faire payer les employeurs que l'ensemble des contribuables pour la prise en compte de la pénibilité des métiers.

Il resterait de délicates questions à trancher comme la prise en charge des droits familiaux. Marc de Basquiat se veut très prudent sur le sujet. « Nous n'avons pas l'ambition de créer un consensus sur une question aussi compliquée, ce qui nous incite à formuler par défaut une option extrêmement simple. Compte tenu du différentiel persistant des rémunérations entre les sexes, au détriment des femmes, et compte tenu du fait que la maternité est assurée par elles, chaque femme pourrait bénéficier à la retraite d'un complément de l'ordre de 100 euros mensuels pour chaque enfant mis au monde. Pour environ 8 millions de femmes retraitées, qui ont donné le jour à 2,1 enfants en moyenne, la masse à financer serait un peu supérieure à 20 milliards d'euros par an, remplaçant une multitude de dispositifs hétérogènes dont il est difficile d'estimer le coût total. Cela pourrait être financé par l'impôt – une sorte de CRDS au taux de 1,5 % –, associant toute la population dans cette reconnaissance à l'égard de nos aînées, qui ont porté la génération active contemporaine », propose-t-il.

Source : Marc Vignaud, le point.fr

Tag(s) : #France

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