France : Réforme des retraites : un régime de moins en moins universel ?

Le gouvernement a accepté plusieurs aménagements de sa réforme des retraites. Ils concernent notamment les cheminots, les policiers et les enseignants.

Face à la contestation, et conformément au cap fixé par Édouard Philippe, le gouvernement a accepté de réaliser plusieurs aménagements de sa réforme des retraites. « On a toujours dit qu'un système universel, ce n'est pas un système uniforme », avait notamment déclaré le Premier ministre. Des concessions ont déjà été faites par l'exécutif à différents corps de métier.

Du côté de la SNCF, le gouvernement a repoussé l'entrée des cheminots dans le nouveau système, qui concernera les personnes nées à partir de 1985 pour les conducteurs au statut – contre 1975 pour une bonne partie de la population – et celles nées à partir de 1980 pour les sédentaires au statut. L'âge de départ sera par ailleurs « remonté très progressivement en tenant compte de la durée passée au statut », selon Jean-Pierre Farandou, patron de la SNCF. Pour les salariés de la RATP, un calcul des droits acquis fin 2024 sur les six derniers mois avec un coefficient avantageux est proposé et des discussions sur la pénibilité doivent avoir lieu. Pour autant, ces propositions n'ont pas suffi à amadouer la majorité des syndicats, privant Emmanuel Macron de la trêve de Noël appelée de ses vœux.

Pour le personnel de l'aérien, quatre syndicats d'hôtesses et stewards ont suspendu leur appel à faire grève à partir du 3 janvier après avoir obtenu des assurances sur le maintien de leur caisse autonome de retraite complémentaire, la CRPN, dotée de 5 milliards d'euros de réserves. L'âge de départ à la retraite à 55 ans pour le personnel navigant commercial doit néanmoins disparaître progressivement pour les générations nées après 1987, pour converger vers 60 ans, selon le syndicat SNPNC. Côté pilotes, le syndicat majoritaire SNPL a levé son préavis de grève après avoir reçu « des éléments précis et engageants » concernant le maintien de la CRPN et la possibilité de partir à la retraite à taux plein à 60 ans. D'autres syndicats de navigants maintiennent toutefois leur appel à faire grève.

Des droits de départs anticipés pour les routiers et les policiers

Le 16 décembre, les syndicats de routiers ont coordonné plusieurs actions sur tout le territoire, notamment pour défendre leur congé de fin d'activité (CFA). Ce dispositif, permettant aux conducteurs attestant d'une certaine ancienneté de partir en retraite cinq ans avant l'âge légal, sera maintenu, a affirmé le même jour la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, en renvoyant à « des discussions avec les organisations patronales ».

Alors que les gendarmes, pompiers, surveillants pénitentiaires ou contrôleurs aériens ont rapidement vu confirmer leur droit à des départs anticipés à 57, voire 52 ans, au titre de leurs « fonctions dangereuses », les policiers se sont mobilisés de leur côté pour obtenir des garanties de l'exécutif. « Dès lors qu'ils occupent des fonctions régaliennes de protection de la population » et « compte tenu des dangers auxquels ils sont exposés », les policiers continueront à « bénéficier des dérogations à l'âge de départ à la retraite », a assuré le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Soit la possibilité d'ouverture des droits à 52 ans et un départ à la retraite à 57 ans. Autre promesse : la bonification spéciale dite « du cinquième » ou « quinquennale », qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans, sera « remplacée par une surcotisation du ministère de l'Intérieur ».

Promesse de revalorisation des salaires pour les enseignants

Face à une mobilisation d'ampleur dans l'éducation, le gouvernement a promis de revaloriser les salaires des enseignants, opposés au calcul de leur retraite sur l'ensemble de leur carrière, contre les six derniers mois actuellement. Le niveau des pensions doit être « sanctuarisé » et les revalorisations nécessaires mises en place progressivement à partir de 2021. Les syndicats, qui manquent d'éléments concrets, seront reçus par le ministre de l'Éducation nationale la semaine du 13 janvier.

Du côté du personnel soignant, en étendant aux fonctionnaires le « compte pénibilité », réservé aux salariés du privé, et en prenant mieux en compte le travail de nuit, 20 à 30 % des infirmières et aides-soignantes pourront partir avant 62 ans, et, au mieux, à 60 ans, assure l'exécutif. Mais plus à 57 ans. Matignon promet également le lancement début 2020 d'une « concertation sur l'aménagement des secondes parties de carrière » à l'hôpital.

Les artistes du prestigieux ballet parisien, qui peuvent toucher une pension à partir de 42 ans, bénéficieront de leur côté de la « clause du grand-père », c'est-à-dire que seuls les danseurs recrutés après le 1er janvier 2022 seront concernés par le nouveau régime. Pour les futurs embauchés, le gouvernement propose d'élaborer « un dispositif de reconversion professionnelle » pour les quelques danseurs (six par an en moyenne sur les cinq dernières années) qui s'arrêteront chaque année.

Enfin, pour les marins, Édouard Philippe a affirmé que la réforme « reconnaîtra les spécificités » de leur métier. Ils auront « les assurances qu'ils demandent » sur leur droit à un départ anticipé avant 62 ans.

Source : lepoint.fr

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