France : La trajectoire financière de la réforme des retraites pointée du doigt

La plus haute juridiction administrative française a notamment pointé vendredi des projections financières «lacunaires».

L’exécutif va avoir fort à faire… Dès jeudi, le gouvernement et les partenaires sociaux se réunissent pour entamer la fameuse conférence de financement, initiée par la CFDT de Laurent Berger. Nul doute que les opposants à la réforme des retraites s’appuieront sur l’avis tranché du Conseil d’État, rendu public vendredi. La juridiction qui s’est penchée sur l’étude d’impact publiée vendredi émet des doutes notamment sur le volet financier de la réforme. « Le Conseil d’État constate que les projections financières ainsi transmises restent lacunaires et que, dans certains cas, cette étude reste en deçà de ce qu’elle devrait être, de sorte qu’il incombe au gouvernement de l’améliorer encore avant le dépôt du projet de loi au Parlement », peut-on lire dans leur avis.

L’étude d’impact met, entre autre, en lumière un probable déficit persistant du système des retraites à partir de 2027. Concrètement, après une mesure de redressement à court terme – prise dans l’objectif d’être à l’équilibre en 2027 – le système des retraites redeviendrait déficitaire jusqu’à l’horizon 2048. Et ce en s’appuyant sur un scénario portant l’âge d’équilibre à 65 ans de la génération « des 1975 », soit dès 2037. Dans le détail, le déficit serait de l’ordre de 0,2% de PIB en 2034 et de près de 0,3% en 2040 avant de revenir progressivement vers l’équilibre. « Il restera au-delà de 2027 des tensions sur la stabilité du système, compte tenu de l’évolution démographique et des scénarios macroéconomiques », explique Matignon à nos confrères des Echos.

Il y a donc des efforts à faire et des solutions à trouver. Tel est l’objectif de la conférence de financement qui débute ce jeudi. « Le gouvernement souhaite en effet que la conférence des financeurs se prononce sur les possibilités de retour à l’équilibre à court terme comme à long terme. C’est l’objectif de cette conférence », précise au Figaro le Haut-Commissariat aux retraites. Mais pour pouvoir atteindre l’équilibre à plus long terme, le gouvernement entend s’appuyer sur sa « règle d’or ». « L’idée est que lorsque le système entre en vigueur il est à l’équilibre. Ensuite c’est à la gouvernance, tous les cinq ans, de prendre les mesures qui s’imposent si jamais un déséquilibre apparaît », précise-t-on.

Par ailleurs, l’opposition pourrait voir d’un mauvais œil la baisse des dépenses du système des retraites. Avec 325 milliards d’euros versés en 2018, celles-ci s’élevaient à 13,8% du PIB. Avec le régime universel, elles devraient atteindre 13,6% en 2025, 13,5% en 2030, 13,3% en 2040 et 12,9% à l’horizon 2050. « Ces évolutions de la part des dépenses dans le PIB à horizon de 30 ans restent à prendre avec prudence », nuance toutefois l’étude d’impact. Ces projections dépendent notamment des mesures de rééquilibrage à court terme, des mécanismes de transition pour la prise en compte des droits acquis ou encore des mesures de revalorisations salariales dans la fonction publique.

Ce week-end, face à l’avis du Conseil d’Etat les opposants à la réforme des retraites ont réitérés leurs appels à retirer le texte. Pour Olivier Faure, premier secrétaire du PS, «on reste sidérés par le niveau d’amateurisme et d’improvisation du gouvernement pour une réforme aussi cruciale» Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon a sélectionné un «best-of» de morceaux choisis dans l’avis du Conseil d’État, qui «claquent comme des gifles». Cet avis «flingue la loi retraites», selon le leader de la France insoumise. Pour Julien Aubert, député LR, «en terme polis, cela veut dire ‘ce projet de réforme n’est ni fait ni à faire’». «Quand on saisit le Conseil d’État avec désinvolture et que l’Assemblée nationale est traitée comme quantité négligeable, ça donne un texte incohérent et mal ficelé».

Source : William Plummer, lefigaro.fr

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